jeudi 29 mars 2018

L’ironie et l’irrespect aux voleurs d’images et de rêve. Pendus III. (Pour : Ils.)

Les hivers sont rudes, la vie est un songe, et nous les rêvons à deux, pour longtemps. Un cygne vole, le chant est beau en fin de jour, le monde est sa maison. L’oiseau donne à voir, l’effronté peuple le vallon pour un instant. D’une cave il fait un royaume. La maison resplendit, une auréole sur le visage des voleurs. La chaleur croît dans un sourire. Les marcheurs tiennent la route et le pied, ils offrent un délice de peau dorée, comme une lanière tendue pour le supplice. Un poids de chair, consumé, le regard fuit ces étalons fourbus. D’un plat de lentilles, ils font une collation amère.

La vérité balance au bout de la corde, les pendus en l’air, mangent du frisson. Il y a la mécanique et le sentiment, les hommes se chargent de désespoir et d’orgueil et meurent sous leurs inventions, la révolte est un leurre. Des mains tendues, au plus profond cela ressemble à la bride, au pavillon noir sur les flots. Le progrès est une peine permanente, la séparation des corps et des plaisirs est un sacrifice dans une cave, dans le fond blanchi par la chaux vive, rougi à la lame d’acier. Dans un labyrinthe des enfants perdus vivent une naissance et à l’envers se donnent la joie d’être père, mère et larve à consommer. Un panier est bousculé, les petits s’y agitent et lèchent leurs complices. Les avortons dans l’obscurité grattent la peau autour du nombril : il est toujours à couper le cordon de la route, le cordon de l’enfance dans la moiteur et dans le noir. Les naufragés sont obsédés de câbles et de filins pour coudre sans machine un avenir de félicité. Ils fabriquent un lien bien trop gros et plus court, ils s‘en font un qui inverse la pente. Au bout se trouve un autre qui en demande autant et inverse à son tour la balance, un bout pour abouter et un autre pour aboutir et finir au complet.

Je suis intact et je rentre en moi comme personne, ni un autre, ni le plus beau ne peut le faire, nul ne parvient à cette greffe. Le gonflement est une inspiration divine, il nous parle et nous agissons. Les vides et le désir des hommes font une géographie pour déplacer l’absence, pour replacer le manque et contenir la déraison, le plaisir est un appât, un enjôlement, une rouerie qui pousse, au crépuscule de pauvres fous à croire en tout et se sacrifier. L’accomplissement est tendre, et lourd le serment. Ils sont sacrifiés à la gloire d’un seul qui connaît le travail et choisit les épreuves. De pauvres hébétés se croient les rois du monde, ils sont moines contrits et contraints, le plan leur échappe et les mène vers le paradis, quand même.

Le monde est une maison, un troupeau de cygne vole, le chant est plus beau dans la fin du jour. Les hivers sont rudes, la vie est un songe, nous les rêverons à deux et pour longtemps.

1 Août 2005.

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