vendredi 19 octobre 2018

Retour rempli et vidé.

Lorsque le ciel s'ouvre et s'appelle ténèbres, un œil de couleur apparaît et se glisse tout au fond de l'espace... alors le temps s'immobilise dans l'épaisseur du monde et le fleuve de l'extase.

Maria Dolores Cano,19 octobre 2018 à 11:10

Ils remplissent, ils vident, in « Le poids ».


Il y a sur la route, sur le sel, sur le large, une longue et lente, une longue et lente explosion. Un espace, un retour, un rien, un monde, une urgence, la vie est nouvelle, il faut accumuler et donner, des cailloux, du retard, de la douleur, de la fermeté, et en faire et en dire, sur le devant, des dangers, de la soif et de l'espérance, du vide, des rencontres, des forfaits et des trahisons.

Là, est posé sur le sol, le corps nu dans la paille, les écorchures, le remord. Ils ont accumulé, ils ont étendu et déposé sur le sol, sur la paille, des objets, du marbre, des collections, de la fourrure et des visages, des anges en peinture, des corps abandonnés et permis au passage et offerts au vent du large. Ils avancent bien seuls et composent l'ouvrage et finissent sur le flan, le corps nu sur la paille, offert, les courbes neuves au vent qui passe et caresse, et fond sur le sol et couvre les objets, le marbre et leur attente.

Ils se reposent aussi et frottent la paume sur les objets perdus, sur le tableau du monde, sur le pavé si noir et couvert de paille, ils se frottent et attendent et espèrent, des roses, de la gloire, du sentiment, de la splendeur et des phrases de joie pour offrir de l'amour, des branches fleuries, du parfum, sur l'écorce et le givre.

La splendeur, le refus, le repos, l'orgueil, et le reflet doré, et le sens de la vie, les erreurs, le goût et le partage et la domination, sur le sentier, ils attendent l'histoire et ferment les yeux sur les retrouvailles. Ils lèvent et enchantent et connaissent le poids des peaux de bêtes sur leurs épaules nues, sur le chemin tordu couvert de givre et d'évidences.

Ils se torturent et tournent dans la tête les mots jaloux, le poids des idées et des rites. La fraîcheur et le temps, ils pèsent d'un poids noir, d'une erreur de corail et de solitude. Il y a sur le sol, la paille et le marbre, et le souvenir lourd et le regret noirci, les fleurs fanées, les ébauches, les rires, les saisons ravagées, les heures sans sommeil, le poids bien lourd et bien noir des avancées vers l'ombre, vers la peur, vers la nuit, vers le courant perdu.

Les mots sont aveugles et sourds, les saisons sont perdues en espérance, la confiance est mortelle, les regrets sont incertains. Il pèse, lourd et bleu et bien pendu sur l'eau, le poids, des sacs de rien, des outres de vent raide. Des filets de sable coulent entre les doigts, sous les yeux, perdus dans le cœur et dans l'ombre.

Il fait froid, il fait du vent, ils cheminent dans l'ombre et comptent les mots sur les doigts, sur le cœur, le bien épanoui et gonflé de terreurs. Ils avancent vers l'ombre et pleurent en chemin, ô que tout est noir, ô que tout cela est lourd et sans rien et sans joie et fermé sur les dents.

Les lèvres pincées écourtent le temps, ils pleurent en silence, sur le dos de la main, sur le pied qui souffre et marque le monde de sa déraison, ils sont pendus, ils sont tristes, ils sont aveugles et fermés sur l'oubli, et perdus dans le monde et chargés du rien qui pèse un poids de planches et de cailloux. Ils remplissent, ils vident, une outre de vent, ils gonflent et se suspendent et attendent des vertiges, des erreurs, des remords, du poids de l'eau dans l'air, du rire sur le sable.

31 Décembre 2007.

jeudi 18 octobre 2018

Pour Maria Dolores...


J’ai eu l’impression 
que la flamme éteinte, 
il restait de la lumière, 
et pour la vie ? 

10 Janvier 2008.

Retour des héros.

Les peaux sont écorchées. Les blessures sont béantes. Un air frais souffle sur leurs yeux, leur poitrine, leurs paupières et leur cœur... ils avancent et porte leur douleur.

Les oiseaux passent sur les cailloux, et leurs mains lasses frottent les épines. Le sable avance et recommence.

Certains soirs d’insolites lueurs emmurent l’horizon, les soirs de brume et de "regards noyés". Seules griffures d’une existence autre, posée sobrement comme un onguent illusoire sur leurs rêves écorchés, décimés.

Ils sont seuls, les yeux tournés vers le ciel, ils pardonnent aux absents, aux glorieux, aux fantômes revenus, à toute cette déchirure. Mains ouvertes, cœurs béants dans cet « effroyable jardin ».

Les oiseaux passent sur un champ de tranquillité. Les cœurs sont reposés. Le temps est arrivé. Les armes sont déposées. Le temps fait place au temps de la délivrance. 
 
 Maria Dolores Cano, 17 octobre 2018 à 10:47

mercredi 17 octobre 2018

Les héros sonnent.

Un jour finit le jour, le temps se perd au temps, la fureur est grande, les passions sonores, le clair, le son, le bruit et l’ardeur, les héros sonnent le cor. Les collines sont pleines, il fait beau encore dans la campagne, ils trébuchent et perdent d’entre les lèvres, d’entre les dents, des trésors de perles fines, des espaces pour le savoir, des armures entrouvertes, des épreuves, de la malédiction.

Ils arpentent, ils fabriquent, ils défont et déposent les armes sur le flanc, les genoux en prière, sur le sable. Dans la pente le sable est accumulé. Les pointes frottent la peau, le flanc est offert, l’ardeur est posée, posée sur l’œil, sur le sein, sur la paupière, ils se finissent, sur le sable, sur le flanc, sans armes, sans ramures, sur le dos, sur le cœur, ils frottent et blessent la peau, le cœur et l’âme, les passions, le son, les cris, les chants, le clair.

Les oiseaux passent, la main est tendue, les épreuves lassent, ils se répètent et recommencent, ils se penchent sur le sable et frottent, frottent la peau sur le flanc, les mains sortent les épines, les cailloux, les évidences.

Ils se frottent et on espère et on recommence, ils sont à donner, ils sont à prendre, ils avancent et tout s’achève, ils sont rompus, des éclairs sortent sur la peau, sur le cœur, sur le dos, ils éclaboussent et on appelle, on tire sur la peau, sur le sein, sur les reins, sur tout ce qui touche et accroche. On renoue sous les yeux, une volupté folle, une extase et des craintes, un avenir de larmes et de regards noyés sous la peau, sous le cœur, sous l’âme, dans l’attente, dans l’effort, dans l’espérance, dans le reflet joyeux et coloré.

Ils se présentent et donnent et prennent, et recommencent, ils sont en place, ils sont couchés sur le flanc, dans le sable sur la peau, le cœur perdu entre deux larmes, ils se poussent, recommencent et franchissent d’un saut, le pont des chèvres et les cailloux.

Ils sont perdus et assoiffés, les héros, ils se frottent et on entend leur chanson lente, les émotions pleuvent, les regards sont noyés, ils se poussent, ils enjambent, la rivière, le temps, l’espace est suspendu. Les efforts se figent, les yeux se voilent, ils sont dans la tourmente, dans le retrait et l’avance, dans le champ perdu pour tous, pour tous, eux tous, petits enfants noyés dans les muscles et dans le réconfort, dans le nord, dans le bleu de l’âme et les cailloux.

La prière sur un genou, sur une main qui traîne et se perd, ils sont noyés dans la force, dans la stupeur et ils pardonnent à tous les revenants, à ceux qui abandonnent la guerre et fuient sur l’eau, dans le lointain, dans le ciel bleu, dans la colline. Les oiseaux se retirent, ils sont en attente, héros fatigués, lourds de remord et de pardons, de mains tendues, de bras ballants, d’attentes inquiètes, de fins sans début, sans espérance, dans le reflet, dans le collier, dans la silhouette, dans la main tendue, retendue, déposée, remontée, du pied jusqu’à la taille.

Ils effleurent la peau et attendent, ils n’osent plus, ne finissent plus, attendent et abandonnent, le temps est certain, la fin est proche, ils se grattent et ne se donnent plus, ils attendent et recommencent, et rien ne vient, et rien ne tient, et les cailloux sautent et attendent. Le temps est clair, le sable est sur le flanc, et ils pincent et abandonnent. Le temps est clair, il n’y a plus rien, ils attendent et meurent dans leur force, la violence est sur le flanc, le clair est dans le champ, les oiseaux passent, le cœur est déposé.

28 Décembre 2007.

mardi 16 octobre 2018

Le poids. II, in « Le poids ».

Il porte un poids très lourd, son bras se crispe et l’enfant chevauche la chair et l’onde, il massacre et il aboie et il espère et il mord et recommence et emporte ce poids si lourd, d’un coup d’épaule, il est accablé et il se flétrit, il a peur, et il s’encourage d’un revers, d’une montée. Il se dresse et recommence et plonge les yeux dans le regard des autres, sur la foule. Ils sont mille et ils portent des enfants à bout de bras et des certitudes de sagesse.

Il arpente et recommence et se heurte et disparaît. Le poids si lourd sur le bras, sur l’épaule, sur la sagesse, sur l’école. Ils vont venir et il ne portera que des échanges, des aveux, des efforts, du temps et de l’espace et du soin, sur tout ce qui respire, sur son bras, contre son cœur, contre sa peau, dans l’air froid, dans le ciel bleu, dans le soleil, sur la route, vers la forêt, vers les arbres qui forcent et coupent le regard.

Il cherche et recommence et apparaît encore dans le temps, dans l’espace, d’un œil perdu, d’une rosée, d’une pensée, sur l’idée, sur la terre, dans le renouveau et le sac perdu. Il se force et décroise les bras et les regards et porte haut cet enfant fort et roi d’un pays dans la servitude, il est placé et il se lance, il donne des secousses et tire sur la peau, la chaleur monte et défigure et embrasse d’un œil la vie à libérer, à tordre et a comprimer et serrer, la joue fière et sans attache.

Il se donne et porte sur le bras le poids, la vie lourde et en désir. Il avance et il recommence, il se donne et roule les yeux et signe sur son bras, l’enfant balance, la suite avance, le poids sur le bras pèse et il commence et recommence et fond sur l’air et croit et pleure d’un œil sur la terre ferme. Il est armé de faiblesse et il avance, la peur sur le front, la rage dans les yeux, il se mêle et dégage de son cœur la vie qui avance.

Les portes, la colère, la vie, il se fait une raison, il creuse le monde et porte un enfant sur le bras. Sur le cœur, sur la raison, dans la pierre qui tourne, dans la chanson, dans la distance, dans le désir et sur la peau, une égratignure, une éraflure. Il cherche, et le souffle se perd, se tend, la vie avance, les erreurs, les sanglots, la certitude, l’affront, il dira tout, il enfantera de lui, sur la joue, cet enfant qui tremble et le protège. Trop d’embrassements, trop de certitudes, il se protège, protégeant et gardant et il souffre.

Il porte un poids très lourd, son bras se crispe et l’enfant chevauche la chair et l’onde et il massacre et il aboie et il espère et il mord et recommence et emporte ce poids si lourd, d’un coup d’épaule, d’un revers de manche. Il est accablé et il flétrit la peur et s’encourage d’un revers, d’une montée. Il dresse et recommence et plonge les yeux dans le regard des autres, sur la foule. Ils sont mille et ils portent des enfants à bout de bras et des certitudes de sagesse.

Il cherche et recommence et apparaît encore dans le temps, dans l’espace, d’un œil perdu, d’une rosée, d’une pensée, sur l’idée, sur la terre, dans le renouveau. Le corps perdu, le corps perdant, il pose sur son cœur le poids de cet enfant, il avance et battent dans son cœur le sanglot et une larme de joie. Et l’enfant lourd à son bras, il changera le monde et il accueillera le reste et les autres et tout le reste dans le ciel, le monde s’ouvre et le poids se dépose.

6 Novembre 2007.

lundi 15 octobre 2018

Le poids I. in « Le poids ».

Il accorde et file la toile pour le temps, il vient, il va, il enrubanne et prend dans l’eau vive, avec la force du vent, des monceaux de fil tendre, du cru, du léger et de l’obsidienne noir et verte et sans mesure et sans penser, il refend dans la sève des bois de couleur et des lames de fils tendus.

Sur la corde, sur le temps, il escalade la colline et voit venir les chiens errants, les erreurs, l’écho en transe et organise et refend et compose et recommence. Il a grimpé, il est monté, il descend et il revient, il faut avancer et comprendre, comprendre en avance et loin, si loin, la route avance, la raison roule, la liberté fleurit.

Le soleil, le ciel, les avances, la solitude, le ciel et le silence, il se repend, il renforce la vie dans son entour, il griffe, il mord et il avance dans le temps, sans raison et sans loi, sans ardeur, simplement en suivant la pente sans trembler. Il fonce et mord et récupère et arrache, au sol le repos, au ciel un désir.

Un fragment, il se laisse et visite et reprend et s’enchante, il se berce et recommence et porte sur le bras le poids de cet enfant offert à tous les vents, serré sur le cœur, détruit sur la poitrine, effacé dans le temps et repris sur le vol. Il enfonce dans le souvenir le poids de l’enfant sur le bras crispé de son père.

Il tenait fort, si fort, la lame et le bâton, il commande et renonce. Le royaume s’ouvre, la vie avance avec un poids de chair tendu sur le bras, les yeux se cherchent et ils rencontrent, et ils avancent, à corps perdus dans la terre immense, dans la mer infinie, dans le sursaut sur le pont, sur la rive, sur les reflets.

Dans la chaleur, dans le vent, sur terre et sur les flots, il avance et porte son poids de chair et d’amour, le bras est crispé, la chair est blême. Le poids lourd est vivant, la vie avance sur la terre, les efforts sont constants, il avance et porte son poids de chair, le bras est crispé.

La toile, le temps, le sursaut, le souffle, il avance et souffle, sur son bras il pèse le poids en enfants sur la route. Il leur manque des soins, des efforts, de la liberté et du sacrifice, des certitudes, de la volonté, de l’inutile, du sens au front, de la lance, des réponses.

Il connaît la force et le renouveau, la charrue et les saisons, sur son bras pèse le poids de l’enfant dormant, rêvant, et sans attendre, il avance sans repos, vers la gloire et la richesse, il abandonne au ciel des éclats de salive, il crie et sa voix porte sur le temps et berce le petit enfant. 
 
06 Novembre 2007.

dimanche 14 octobre 2018

Au monde. in « Le poids ».

Il y a une chose qui s’impose et dispose et ferme et ouvre et donne, verte et boisée, une ardeur.

Des mains sur le cou, des bras forts, soutenant et portant et donnant au corps une signature, un coup de griffe qui ouvre et dévisage. Il y a une chose qui se voit et se consomme. Il attend la richesse et la gloire, il balance, le souffle, entre les branches, sur les feuilles, les dernières, glisse, glisse.

Souviens toi, du dernier temps, du premier jour, du dire et du faire, le néant et la profusion, le vacarme, le froid terrible et glissant, glissant entre les muscles, sous la peau.

Il porte à bout de bras un enfant posé sur le ciel et attend, et il soulève une offrande au monde. Il compose et commence, il commente la vie et il porte sur lui le poids du monde, la mémoire et les cailloux et le silence et le tumulte et il bouleverse et débranche les troncs de toute feuille, de remords et de solitude silencieuse et tourmentée.

Il avance et pose son regard sur les bras qui soulèvent et franchissent avec leur poids de chair et d’émotion la vie sur ses rebords. Les cœurs terribles et arrachés, il tourne sur le sol et il glisse, glisse sans entendre et il commence et il achève un pas, un pas en avant, et en avant, et tout se donne, et tout arrache et tout glisse sur la peau, le poids des enfants, la chaleur calme, l’espoir de richesse, la gloire en sommeil, le matin qui tremble et les rumeurs sous les murmures, sous le sens, sous le soleil. Il glisse sur la vie et insinue une trace, une gerbe à cueillir un jour sans vent, un jour sans sel et sans attaches.

Il est perdu sur le rebord et voit les arbres, ils glissent dans la mémoire et se posent sur un cil, sur un doigt et il porte les enfants sur le dos, la main tremble et il glisse, glisse du vrai au néant, de l’émotion au lendemain et il glisse sur le sol, sur le marbre, sur le lointain, il glisse et recommence. Il avance les bras chargés et la main pleine, le poids sur lui se recommence, et il agite d’une main sous un œil, une volupté calme, une ardeur pour trancher un jour le calme et la confiance.

Le poids si lourd, le jour si simple, l’ardeur du commencement et le bras tendu dans l’air si bleu qui avance et qu’il entrouvre et qu’il perce et tient levé et tient penché et accepte et coupe. Le poids de chair et d’eau se balance sur le rien, sur le vide. Il enfonce le poids du jour dans le jour, il commence et attrape et défait d’un tour de main, d’un placement de pied. Le corps est déhanché, l’air glisse, glisse, les yeux sont noirs, les yeux sont loin et il bouscule l’habitude, le cercle est fermé, le poids dans le vide est soulevé et les muscles sont tendus.

Souviens toi, il avance dans le silence et porte sur le cœur la gerbe et les ardeurs, la chance et le courage, il accumule et déploie les mains sous le germe, la violence, la raison, l’espérance, glissent, glissent dans le partage, le soleil, l’amour, la joie et le murmure, il porte sur son bras, le destin et la chance, le sort est jeté, la gloire avance.

6 Novembre 2007.

Retour au vent.

Martelage de la terre, laminage de l’horizon, frémissement des feuilles, silence suspendu des herbages, saignée des torrents et pluie de lumière. Stèles dressées aux vents du souvenir, à l’appel de la mémoire, aux saccades du temps.

Célébrons la beauté fragile de ces instants magiques volés à la mort.

Et la terre se tourne et se retourne sur les remords et les regrets, au vent mauvais qui pleure ses larmes envolées. La terre est un refuge pour les espèces ivres de liberté. Elle écoute et tend l’oreille et entend les oiseaux chanter, peuple sauvage qui chaque jour se rétrécit et fait bivouac dans les forêts. Il faut aller et alerter et saluer et écouter les menus secrets de ces espèces effarouchées.

Le vent a séché la terre, elle crie sa soif la bouche ouverte pour que les eaux du ciel abreuvent son corps de pierre et de poussière, d'épines et de ronces où tout se jette et se perd, et où il ne reste rien. Dans cet oubli et cette misère, entre ses doigts de pluie et d’air les ténèbres improvisent un concert où l’on voit l’eau et la terre célébrées par la lune et par l’ombre.

Toujours plus, toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus cher, et toujours rien… le rien du rien… le vide, le manque, l’absence, l’isolement et l’exclusion… "L’amour est morte"… la main se referme et frappe, la vie s’en va, la Mort cogne à la porte, le vent la porte et les emporte.

La selva s’éteint…

13 octobre 2018 à 11:12
 
 

samedi 13 octobre 2018

Au vent.

La pointe du vent découpe à l’os et aux nerfs, la chair froide et confuse, les sources et les chansons entremêlent et divaguent, il n’a pas assez d’élan, pas assez de fantaisie, les incisives sont limées, il ne reste plus d’émail pour ronger l’os et déchirer la peau.

L’ardeur était de la jeunesse, il ne voit pas la pauvreté, il ne mord pas, il ne veut rien, il n’embrasse pas, il se défend d’espérer, la vigueur, le torrent, il emporte tout et il fond, il fond, dans la pente, il fond dans la pensée, il tourne le dos et les regards, il enchaîne, et il dépense, et il défonce du regard la terre trop tassée.

Les champs tournent de pierres et de mauvaises herbes, et de remords défaits, il ne voit pas la guerre, il ne voit pas l’étrangeté, il embarque d’un œil les feuilles rouges, les feuilles volent, volent et il entend d’un œil et d’un souffle, la terre tourne, les champs sont en avance, il ne voit rien venir.

Il n’entend plus les oiseaux chanter il n’espère rien et tout vient et tout se donne, les plus jeunes sont armés d’armes blanches, de regrets et d’espérance, ils sont incisifs, ils alertent et ils alarment, le poing levé, la phrase sèche, le souffle saccadé, loin d’être éprouvés, ils avancent et demandent.

Ils réclament, plus jeunes, et hurlent à la vie, il faut que le ciel arrose mon jardin, il faut que le ciel se démonte et que l’orage tombe sur le dos des perdus, des errants, de ceux qui se prêtent et s’arrachent, ils détournent l’eau du jardin, il n’en reste rien, si peu, si petit, ils se pleurent, au vent, au froid.

Ils m’ont oublié et je suis perdu et rien ne tient entre mes doigts, sais tu au moins qui tu as perdu, qui fut rejeté et qui pleure ainsi toute la nuit, le jour, sept années pleines, et autant par jour de pleine lune, de secondes noires et atroces, et il étend les mains vers la terre retournée. Ils sont bien affûtés.

Ils réclament leur lot, ils ne se contentent de rien, ils veulent tout et rien ne tient, ils sont perdus dans le vent, dans le froid, dans la peur, sans arbres, sans baisers, sans fleurs et sans bagage, les sacs ont volé, le vent les a perdu, ils osent même l’amour morte, il ne faut plus rien en dire et plus rien en attendre.

La vie s’envole et ils sont aigus, et coupent, et percent, ils enfoncent la lame dans la chair, la sève coule et sèche après, au vent.

31 Octobre 2007.

vendredi 12 octobre 2018

Un poids. in « Le poids ».


La pointe, la pointe, du pied, d’un pas, vers l’autre, et il recommence, et il se hisse et il se hausse, et rêve, un cheval mené de la pointe du pied vers la mer, et le sable, et partout. Il avance, et espère, et avance, et défait, et remet, et pose, et recommence, il renaît. D’un jour, l’autre, il fuit, d’une heure, d’un espace, de rocher en rocher, de gravier en gravier. Il avance et tourne le poids du corps sur la pointe, la pointe, du pied tordu et ramassé, il est sur un cheval, et face à la mer, il entend le carnage, le carnage, toujours en face, en face, sur la pointe.

Il avance vers la mer, et il avance dans sa vie, et il espère, et recommence, et tente une histoire, sur le bout du doigt, sur le bout du pied. Il chante, il espère, et recommence, du ciel bleu sur les épaules, et de l’espoir dans le regard, de la vengeance à la semelle, et du froid sur le cœur, et la main sur la canne, il marche vers le ciel, et entrevoit l’espérance. Il est en haut sur la pointe de la vie, le cœur sur le revers, de la main et du pied, et il tend l’oreille vers le silence, vers la froidure, et le repos.

Le pied roule sur le chemin, dans les graviers, dans les graviers, sur chaque pierre, sur chaque obstacle, sur le nouveau et le parfait, l’infini, il aboie, il appelle, il réclame, il recommande et il prie les deux mains tendues vers le ciel, jointes en haut, et en souffrance, et en attente du renouveau, du pied tendu, de la marche roulant sur chaque pierre du chemin, le cœur en grappe, la canne plaque la chair ferme. Il étend les mains sur l’air pur, sur le ciel, les oiseaux passent entre les doigts, sur la rampe, le cœur explose, la confiance enfonce un peu plus d’air dans le cœur, dans le corps, sur le nez et sur la bouche. Il pince l’air, et il avale, et recommence, et enchante, et espère et il revient sur les cailloux, sur un cheval face à la mer, et le pied roule sur les cailloux, les plus petits, éclatés, brisés, perdus, et sans espoir, et sans avenir, sable et eau, et eau et sable, et il monte sa tête sur le dos d’un cheval.

Il rêve et recommence et il apparaît sur le dos, et il espère sur la rive, bien loin, bien haut, bien loin, et si près, et si loin, et il souffle sur le chemin, et il avance. L’allure est tranquille et il avance, à travers le temps, à travers le ciel bleu et pur, la saison est encore chaude, et les cailloux roulent sous le pied, et sable se promènent sur les épaules, et il avertit, et commente, et espère beaucoup, beaucoup des anciens, des nouveaux, des désespoirs, des retrouvailles, le temps se choque, le temps s’embrase. Il avance, et voit du temps, bien loin, et si près maintenant, et hier, et tout recommence, et la boucle tourne, et les pieds roulent les cailloux sous le poids d’espérance et de renouveau du monde ancien qui passe et repasse, et se défait dans le ciel bleu.

Il dépose sur le sentier un poids trop lourd, le fardeau pèse à l’épaule, le temps ancien est revenu, lavé de sueur et d’orage et de vent frais, le jour envoie les siècles en avance. D’un pas vers l’autre il recommence et les années sont sur la peau, sur les épaules, le poids du temps dans l’air si bleu, il avance et rêve sur un cheval d’écume et de caresses. Il avance le cœur léger, les rêves lourds, l’air sans souci, les yeux dans la nature, le poids du corps sur la pointe de chaque pied.

Sous le fardeau, il perd l’avance, il installe la lourdeur des choses simples dans l’espace, le regard sur le ciel, si bleu, la mine légère, sur la canne. Le poids des choses s’équilibre, le passé visite aujourd’hui et demain, et il envisage, la fin des temps et des sanglots, le poids de l’herbe sur la pente. Un cheval court sur les étoiles et il recommence, un jour de plus, un jour nouveau.

29 Octobre 2007.

jeudi 11 octobre 2018

Retour de ruine.

Comme un étourdissement.

Après le déferlement de cette nuit de carnage, à force de tourment, à force de résignation, à renoncer par peur, discernement et frayeur, les amarres brisées par tant d'accablement, il ne reste plus qu’un gémissement, un soubresaut au cœur de l’humain prêt à amnistier.

Les mains cherchent les accords dans une partition de gravas. Elles griffent les notes de leurs doigts de lumière. Elles arrachent la terreur, la douleur, la fureur. Sous la lampe glisse la voix d'un ange, et une lueur d’espoir.

La cruauté s’engouffre dans le col et frappe le pied, lacère le dos, arrache la peau et broie le cœur. La main tendue dans le silence essuie les cris de désespoir. La main tendue dans le silence supplie, demande et se lamente "Fais-nous revenir vers toi (…) Apporte-nous des jours nouveaux comme autrefois…"*

Les ténèbres partout en eux et hors d’eux, et la lumière par-delà les ténèbres. De leurs mains tendues et leurs doigts de fil, ils tissent la nuit et happent les étoiles, pour les offrir et sauver du carnage.

Dans l’ombre les yeux devinent les craquements de l’intérieur. Tout est secoué et convulsif. Ils s’agrippent aux lambeaux de la vie pour regarder dehors, et tout est pire que jamais. Tout est déchaîné, anéanti. Le vent hurle et leurs cris, leurs pleurs surpassent le vent, déchirent les cœurs et disloquent les visages. Tout est lacéré, exterminé et perdu.

Les yeux et les âmes plus pâles que jamais… les corps et les cœurs en long, en large transpercés… les bouches crient l’épouvante de tant de carnage jeté à la figure… les mains se tendent vers le ciel… les mains se hissent et supplient… où sont les étoiles … ? …

Maria Dolores Cano, 11 octobre 2018 à 11:32

* (Lamentations 5:21).

De Jean Jacques Dorio.

il tire sur la peau du langage. il crève sur la peau de la raison. il affronte l'oubli la non-reconnaissance. il avance cependant il n'en a cure. avec sa boussole qui fait perdre le nord. le trou noir dans les ailes des engoulevents. l'encrier dans le trou du pupitre qui sentait verte campagne et toutes les guerres infâmes. adieu la vie adieu l'amour adieu les enfants du limon. et l'enfance de l'art.

Jean Jacques Dorio, 11 octobre 2018 à 08:28

va il crève le tambour de la raison.

Jean Jacques Dorio, 11 octobre 2018 à 08:29

La ruine est violente, un carnage

Nous sommes dans le fracas, nous sommes dans les tourments, les catastrophes sont là, posées sur le divan, posées sur la fontaine. Ils avancent, ils regardent, ils affolent, ils noient et arrachent les os d’un coup d’œil, d’un coup de dent, d’un coup de rein. Sur la couverture, ils sont échancrés et tordus et partis et rentrés, rien sur le visage, rien sur le corps, ils claquent des dents et recommencent, ils se tordent sur la lumière et griffent, et griffent la peau d’un revers d’ongle, d’un retour.

Les mains frappent l’air, les toiles sèchent dans un souffle, dans un accord. Posés sur le tas de pierres et de gravas, ils se tournent et recommencent et griffent le sol, le sol, les animaux perdus, les enfants perdus, les désespérés retrouvés, grandis dans la lumière, ils se tendent et recommencent et arrachent de la peau sur le temps, de l’ouragan sur la terreur, du bien perdu, du bien fondé, de la douleur entre grise et noire et de la colère à poings perdus, à poings serrés, sur le cou, sur le col. Les boutons volent sur l’air bleu.

La colère, la cruauté, le retour du tonnerre, la confusion, l’ordre et la tempête, ils se tirent et tirent sur la peau, sur le cœur, dans la ferveur, dans le retard, dans le silence imposé à la vérité, oubliée et retenue et partagée. Ils s’envolent et dégrafent le col, le pied, le dos, la main tenue et retendue, le vent s’engouffre dans la serrure et ils se tiennent et ils arrachent, le combat est furieux, la peur vole sur le temps, l’espoir arrache un cri sauvage à la main perdue.

Elle sème et recommence, le grain vole dans le vent, poussière et fleurs perdues, mêlées, tendues et composées et revenues et reperdues. Sans effort, ils se balancent, au bruit, au vent, les peurs, les outrages, les outrages et le combat, et le silence entre les coups, entre les mains tendues, fragiles, sans respect, et sans partage et le silence et la confusion dans l’échange, et le vent souffle sur la catastrophe et il se penche sur l’oubli.

Ils tiennent les mains au repos, ils ne voient plus ni corps ni âme, ils sont dans le fracas, dans la catastrophe, dans l’épouvante, le vent souffle, l’air est froid, ils se retiennent et recommencent, les corps tournent en long, en large, sans façon, sans raison, sans rien à dire. Le froid, le vent, la peur, le temps perdu, les hirondelles sur les arbres, le vol, les feuilles déjà dans la tourmente, ils sont entrés dans le fracas et pleurent loin, les coups au cœur, les coups dans la tête, sur le devant, au visage.

L’horreur les tient, ils sont entrés dans l’épouvante. Ils se sont perdus en route, ils sont surpris, le temps est passé, le temps est venu, le froid est sur les hanches, les oiseaux volent au ciel bleu et perdu des yeux des noyés, des sans âmes. Ne rien en faire, ne rien dire et poser sur la couverture un fardeau de déraison, un étranglement des habitudes, l’amer et le violent et les soucis, il faut taire, taire et laisser mourir d’un coup d’aile, la violence accroche au temps, un lambeau de peau, un soupçon de carnage.

20 Août 2007

mercredi 10 octobre 2018

Retour, et cela presse.

"Il me paraît égal aux dieux celui qui, assis près de toi, doucement, écoute tes ravissantes paroles et te voit lui sourire ; voilà ce qui me bouleverse jusqu'au fond de l'âme."*


La vérité se déshabille, elle sort de sa coquille et brûle les doigts qui tirent sur le fil de l’ange. La vérité se noie dans la flaque, en cette nuit sans lune suspendue au fil de l’étrange.

Les oiseaux volent avec les anges et une musique arrive du large, "une trace bleue des premiers âges."**

Sur les pentes de l'oubli il roule, roule, roule… il ne sait plus qui il fut, qui il est, qui il sera, il oublie… il ne sait plus qu'il est JE. Il dit "je est un autre."***

Il ferme les yeux sur le monde, mais ils sont grands ouverts en dedans de lui. Il se reconnaît sur le chemin parmi les anges, les ronces, les épines et l’araignée qui tisse sa toile. Le soleil lui ronge l’âme jusqu’à la moelle et il doute, et se perd… il se perd… il ne cesse de se perdre.

Maria Dolores Cano, 10 octobre 2018 à 11:45

* Sappho
** M. Chalandon
*** A. Rimbaud

"Tränenregen"

Cela presse (entre Louise Labbé et Willem Müller).

Je meurs, je tisse, je ris, je me noie et je savoure et j’enlace et je répand et recommence et sers et perd et rien ni fait et tout agace et tout replie et tout renferme et se cantonne il faut saisir et commencer et suspendre la vérité au bout des doigts, au bout des branches, dans le clair, dans la vie, sur les pentes, sur les toits, sur tout, sur rien, sur ce qui bouge et se déploie, et fréquenter, et resserrer, et tourner une fois encore sur la peau, sur le cœur, sur l’étendue bien longue, bien étirée, bien posée sur le front, le dos, le mur, la liberté.

La vérité est en marche, il faut la fendre comme les noix, les amandes et tirer, tirer, sur la peau, sur les poils, sur le reste, ce qui se voit et ne se voit et se donne, la nuit dans les bois, sur la route avec les anges. Il est perdu, il est en haut, il est en bas et marche sur les fils des anges, sur les toiles des araignées cerclées de noir et jaune, et diadème, et fil qui colle à la peau et résiste au poids des hommes, il est en haut, il est en bas, il tire fort, la jambe est lourde, les pieds sont creux, les pieds sont lourds, ils se fatiguent et raclent le sol, la terre, les cailloux, la poussière vole, vole.

Je ris sur les sentiers et on chante sur la montagne, les chemins sont ouverts au pas des hommes et des chevaux, au pied dur des chiens qui passent et raclent les herbes sèches de leur poil noir, de leur poil noir. Je sème, je perd, je trouve et recommence et enfonce dans les yeux des autres, la carte du chemin à prendre, ils sont grandis, ils sont contents, ils tournent en rond sur la montagne, ils voient au loin l’air de la mer, la trace bleue des premiers âges, le sol est sec, la mer est verte et je m’envole avec les anges, avec les pieds noirs de cailloux et pressés dans la poussière, les marcheurs sont effrayés les oiseaux volent et vont au large.

J’entends toujours les mêmes chants, les mêmes yeux, les mêmes rires, les démons, les enfants, les lapins courent vers la pente, les enfants sont passés et voient les animaux sur l’herbe sèche, sur les cailloux, sur les ronces noires, sur les rayons de ciel et d’aube. Je vois, j’entends, je tire un trait dans la poussière, je tire sur tout le chemin un sac de lumière et d’envie et de chaleurs à fendre le cœur et la raison, il perd de vue et il oublie, il ne sait plus pourquoi il marche, il a oublié et son nom et ses jours et ses habitudes, il ne sait plus qu’il disait « je », et affirmait tout et le contraire.

La lumière et l’obscurité, je ferme un œil, j’ouvre l’autre, j’avance et je vois tout et plus encore et je ne vois plus rien, plus rien, la lumière est étrangement en avance, et retarde et continue et défait tout, son ombre fuit, il est ailleurs, il se retourne et voit les anges, leurs ombres noires sur le chemin, je suis perdu, je suis dedans, je suis ailleurs et sans escorte, seul un bâton de commandement pour ouvrir la route entre les griffes, les buissons et les araignées et le soleil qui mord la tête et défigure et rend sans vie et sans raison et sans aucune certitude, il faut avancer, il faut passer, il faut reprendre le sentier.

Je suis ici, je suis là-bas, je suis encore plus loin, parti, venu et présent sur le chemin, la poussière vole, les yeux arrachent la vérité, au ciel, aux oiseaux, aux heures, la suite vient il faut rentrer, il faut rentrer mais attention, il ne pleut pas, il ne pleut pas. Je suis parti, je suis venu, je suis en équilibre et j’oublie et je perds et je raconte à mon aise des airs de tout, des airs de rien et je meurs, je vis, je tisse, je me noie.

13 Août 2007.

mardi 9 octobre 2018

Retour d'ils et des autres.

Comme eux, aux heures heureuses et malheureuses de peine et de bonheur je rêve de migration et de liberté sans limite.

Entre extases et frayeurs, la vie est un rêve inachevé qui se poursuit au-delà des abysses de la terre, des lambeaux de poussière et mystères des eaux.

Ils marchent, ils sont perdus et seuls dans cette douleur grandissante qui brise les âmes, perce les cœurs et fait peur aux enfants. Rouge est la blessure dans cette vie défaite.

Plus rien ne les porte sinon leurs rêves. Ils sont las et fatigués. Les uns déchirés par les autres, les autres déchirés par les uns. Haillons de vie qui tremblent pitoyablement comme le corps meurtri d’un animal sacrifié.


Elle glisse au bord de l’eau, elle s’en va vers l’autre rive. Cette rive d’où elle ne reviendra pas. Un jour, un jour… je la rejoindrai là-bas … vers l’autre rive … Et là en cet instant, elle me laisse un point rouge dans un repli du cœur, mon cœur qui se déchire.

La vie, la souffrance, la mort, la vie par-delà la mort… et saisir enfin la vérité de l’instant … le repos, la douceur du passage.

Maria Dolores Cano, 08 octobre 2018 à 19:59

lundi 8 octobre 2018

Ils et les autres.

Ils vont et viennent et cherchent l’aventure, le froid, le chaud, et le sans nom et la profusion et la barbarie, ils se posent et inventent d’autres ardeurs, d’autres principes, des couvertures de joie, des efforts contre l’amertume, du renouveau.

Ils avancent chargés de soleil et de d’orages et perdus dans le ciel et nourris de fruits mûrs et isolés dans le silence et perplexes et heureux d’une sereine gravité, d’un modeste triomphe, un jour de plus au vent et à l’ardeur, au plaisir et à l’enfance.

Ils se tiennent de part et d’autre du sentier, au dessus des eaux calmes, au dessus du précipice, ils peuvent basculer et tomber et ils retiennent leur souffle, la vie est faite d’extases longues et de frayeurs entretenues. Des bateaux, des orages, ils rêvent et ne tiennent rien entre leurs doigts, la fraîcheur monte parfois du cœur des arbres, des fontaines, des eaux dormantes, des feux, des cendres pleines de coquillages. Les fonds raclés, les eaux livrent des mystères, des moissons de métal rouillé, des bois sans âge, des outils dans le cœur, des nuages de poussière et des souvenirs noyés dans la lumière.

Ils marchent et font concert et font affrontement et caracolent, au pied des chevaux et des arbres. Sur l’escalier, sous le chantier, ils se regardent et comptent les rides de l’âme, le pli du cœur, qui se fait vieux et qui espère et qui attend. Le chaud, le vent, le poids de la saison, le futur en avance, plus tard viendra un temps plus lourd, plus ferme et plus incertain. Ils sont perdus, ils sont devant les douleurs et le mal, leurs yeux voient des enfants qui ont vu la mort en face, le soleil sombre dans l’eau froide, les corps brûlent de rage et d’envie.

Ils portent fort le rêve instable, d’une saison de paradis, d’une ouverture sur le côté, le flanc perdu, le flanc éclaté, la gorge sèche, les mains affreuses et la peau retournée et cet homme crache le feu et perd pied et poing sur la rive, les yeux sont lourds, les yeux sont loin, le toit est en flammes, les yeux sont loin, ils se jettent et ploient sous la charge.

Ils marchent au bord de l’eau, les enfants les connaissent et ils se rapprochent et ils demandent des yeux pour voir et pour comprendre, pour fermer sur l’eau éteinte les plis du cœur trop déchiré. Les autres marchent au bord de l’eau et font des rêves de paradis, ils se reposent et recommencent et chantent des chansons lentes et des échos de charpentiers et des coups de marteau sur les doigts, sur les pieds, la croix est forte et lourde.

Ils sont sur le chemin, de la terre jusqu'à l’enfer, des petits ont vu le pire et ils sont blonds, sur le sable, dans la poussière. Les autres vont et viennent et ils rêvent de la tendresse et de la gloire de corps ressuscités et pleins de feu et pleins de charme. Loin du monde et des cailloux, ils se traînent et recommencent et forcent leurs pieds vers la liberté. L’aventure, le froid, le chaud, ils le trouvent dans les yeux des enfants, ils ont vu le pire et ils étaient au bal de l’ardent. Les vieux n’ont rien vu, rien senti, ils rêvent de leur paradis.

12 Août 2007.

dimanche 7 octobre 2018

Retour d'air et de vent.

Le seul est là, dans l’ombre des syllabes. Il attend et entend le souffle du vent. Ce vent venu des mots de Michel Chalandon, de ses mots air, de ses mots chair, de ses mots libres qui mordent le ciel et griffent les clôtures, caressent le visage des lecteurs de passage. Le seul s’abandonne à la lecture, et se cherche dans les mots, se noue aux phrases pour atteindre le ciel empli d’air et de vent, d’amour et partage.


Le seul repart heureux pour un nouveau voyage en écriture et griffure sur la page du vent. Il trie et regarde, et garde et jette, et revient, et retient le temps. Il ouvre les cailloux et les grains de poussière… les visite, les invite et les revisite. Il en fait des boucles ouvertes, et défait les clôtures sur l’herbe chaude et les fleurs écloses.

Le vent se brise dans l’œil de la lune en cette nuit emplie de sève et de l’or du temps. Les arbres geignent, ils gémissent dans l’air chaud au goût de miel. Les âmes s’accrochent aux branches et l’on entend leurs voix sur les fils du vent, il siffle et souffle et gratte et claque des dents. Le vide inexprimable à l’âme et tout autour, à tomber l’existence, à tomber le fragile et le miracle. Des chants montent des poitrines chaudes. Des chants libres, des chants utiles, des chants purs pour ensemencer la terre, le monde et le temps.

Le seul est debout, il jette au ciel ses notes d’espérance, ses paroles de souffrance. Une voix s’élève et dit dans le silence son âme fragile, ses mains agiles et son cœur docile. Une hymne qui chante la sentence d’un coupable en errance.

Le vent râpe, gratte et arrache la peau de la terre, la chevelure de l’air, les paupières du ciel et les cils de la mer. Il avance et dicte, et recommence sa danse dans la confusion et la joie. La peau de la terre est emportée par le vent, alors la terre refait peau neuve dans ce monde dépouillé où sa chair reprend forme, chair de pierre et de marbre.

Il est là seul et il va où il n'y a plus de sol ferme. Il livre bataille aux démons de la mort et entre dans l’éternité, seul et dépouillé, il va dans l’air et le vent… il va… .

La vie est là… dans le vent et le souffle, dans ce souffle de l’âme… il avance et espère, il avance dans le silence qui le porte devant.

Maria Dolores Cano, 7 octobre 2018 à 11:23

Retour à l'ordre.

Il faut chanter et respirer, et sauter pardessus la haie… de l’autre côté, et s’enivrer de la rosée, la boire, la déguster jusqu’à la lie, et faire glisser le tendre archet de nos rêves dorés sur les cordes de la nuit … pour qu’enfin naisse l'hymne à la vie.

Sur tout ce qui bouge, sur tout ce qui vit, sur tout ce qui germe et tout ce qui rit, sur tout ce qui doute et tout ce qui sait, sur tout ce qui vient, sur tout ce qui va, sur tout ce qui pense et sur tout ce rien, sur tout ce qui tisse la trame des amis, et tout ce qui reste sur les bords du lit, et tout ce qui meurt au fil du temps, et tout cet amour, ce respect contenu et ce don de soi pour les bienvenus… embellir enfin les chagrins et la vie de poudre d’étoiles et d’or en écailles.


Maria Dolores Cano, 6 octobre 2018 à 16:47

Sur un air, sur le vent.

Sur un air, sur un air, coule le vent, il franchit les montagnes et mord sur les aplombs et choisit dans les formes même, la liberté et le partage, l’abandon et la reconnaissance. Il se cherche, il se noue et se déploie sur les visages, l’air frais et sourd et qui chuinte dans le travers des clôtures. La vérité file droit sur le dos du ciel, les épreuves tournent dans l’habitude, le seul est venu et attend et le vent coule sur les murs.

Il accroche et démonte et remplit les yeux de cailloux, de sable, de poussière, il fait le tri et il ordonne et il attend et tout se branche et se détend dans l’escalier, les clôtures, les entraves, rien ne s’arrête, il faut passer, il faut tordre le fil du temps, il faut enfler les voiles noires, il faut claquer, claquer encore et passer sur le plat des herbes, les fleurs blanches y sont posées.

Le vent a lavé la mer sombre, il éclate sur les prés secs et sur les fleurs et les branchages, les ronces, les épines, les fils claquent encore, et sur le pied et sur les dents le souffle est chaud et chaude la mise. Les arbres cassés, tordus, découpés et hachés, les marais sont habiles, ils se couvrent de sève et d’or et de parfum d’églantines. Il frotte ses bras, ses épaules et ne croit à rien, ni à tout, il passe sur la brise et son œil se tord.

Il n’y a rien devant et rien derrière et l’eau est pauvre et boueuse et les pieds nus sur le rebord, il voit le pont, il voit le miracle, les hommes ont descendu la poitrine et tirent fort et chantent doux, ils sifflent et dans le vent tirent les arbres du champ clos, vers la liberté, vers la fumée, vers le massacre, vers les épreuves et la folie, vers l’hiver, dans le feu, pour jeter la flamme et les cendres sur le monde et sur le temps.

L’espace est grand, les yeux immenses, et il passe sur le chemin, et il se tord sur son lit, le nez en sang, la tête étrange, les yeux révulsés, il avance et joue à la peur des hardis, joue aux honneurs, il se déplace, son bâton est pour commander, à rien, à tout, à ce qui reste, à sa solitude et aux autres, il avance et compose pour le moment une hymne de liberté et de souffrance.

Le vent décolle la vie même, les autres sont bien loin, bien loin, il se défait et il avance et n’atteint rien ni feu, ni lieu, la course est une folie dans l’espace, dans le temps, dans la confusion, il avance et oublie de boire et de regarder, les pieds tordus, le corps est dur et cette joie est une intense réparation, on pose de la terre neuve sur l’ennui, on chante, on suit, on imagine, on meurt ici, vous le voyez, et on s’oblige et on avance, il faut ordonner et recommencer.

La vue est ferme, le temps est beau, le vent souffle sur les épaules et démonte un à un les pores, la peau est lisse et bien noire, la chair est dressée sans aveu, sans raison, sans angoisse, sans rien a dire en plus, le vent est sur la route, les échanges sont posés, la chair est ferme, la terre est neuve et les ornières réparées.

Le sol est dur, et dur, et dur, et les petits yeux se contractent, la main posée sur le bâton, il coupe l’air, il fend l’espace et bête, bête, bêtement il avance et dit tout seul en murmurant l’évangile de circonstance, la prière pour les mourants, on n’est pas sérieux, on n’est pas sérieux, les grands vivants sont convoqués, le souffle absout le blasphème, les enfants sont ailleurs, et seuls et bien perdus et sans espoir.

La vie avance dans le vent, le grand souffle, souffle la brisure d’un désespoir, de la misère, il joue au grand et si petit, il avance en pensant aux étoiles, en espérant la liberté, le triomphe et la gloire et recule dans une toile d’araignée. Il faut faire avec, il faut faire pourtant, il faut saisir et croire, la liberté, la joie dans le silence, la joie et l’abandon, dans le vacarme.

11 Août 2007.

samedi 6 octobre 2018

Montserrat. (Maria de Montserrat Viviana Concepcion)


Pour Jean Jacques Dorio

Une libellule rouge sur une branche d’olivier, des carottes sauvages sur l’herbe, le souffle chaud et l’ombre froide, cela suffit.

Et du vide, et de la poussière et rien dans la tête, l’espoir est dans le vent, l’eau coule pour les autres. Les yeux ouverts, ils se courbent dans le vent, se frottent aux épines et croquent, croquent les mûres sur les ronciers.

10 Août 2007.

vendredi 5 octobre 2018

L’ordre.

Et un jour, tout sera gravé dans la pierre, ordonné sur le marbre. Il faut une main, pour retenir la pluie, pour les chansons, pour l’herbe fine du paysage, et ils sont deux, ils sont beaux, ils avancent vite, ils frémissent et ils enseignent la vie.

Il leur faut pour faire un monde, avancer, recommencer et faire l’ordre. Leur parole remplit et vide, les temples, les poulaillers, et fait fuir les amoureux, trop de mots et vous tuez la vie. Un seul mot, un seul suffit, et les amoureux oublient le temps et ne veulent que leurs paroles, les autres ne veulent rien, si peu, seulement, plus qu’hier et moins que demain.

Tout est là, tout est dit. Il leur faut frapper les eaux pour remplir un panier de grenouilles, au chiffon rouge. Le passage sur l’eau, rouge, bien sur, pour séduire les grenouilles, pour monter avec l’eau aux genoux, pour enfanter des révoltes, de l’ anarchie, des fantaisies et fuir la règle et les questions posées, la forme, la forme, la règle et pour qui et pour quoi.

Le très haut est le plus beau, la chanson pour lui est évidente et tout passe dans l’incertitude, il ne s’affirme plus, il se conquiert et on s’habitue, c’est tout et c’est beaucoup.

La règle, le fond, la forme, le pourquoi, le pour qui, il faut croire et y croire et séduire le tout venant, le plus grand nombre, chanter les vivants, les cadavres, les renaissants, les échecs, les triomphes, la vie si simple et tranquille et bien sur le calme.

Il faut avancer et séduire et se contraindre et se forcer il faut croire au miracle et chanter la simple sérénade, l’archet qui coule des chansons et racler le fond des paniers qui passent, pour saisir, saisir et emporter et compter et recompter, les fragments de l’humanité. Ils souffrent, ils se veulent, ils se chantent et les rois, les trésors, les habitudes, la sainteté et le pardon et le blanc se couvrent, se couvrent et le noir pourrait être d’or.

Pour un art, pour une question, pour une raison, pour la fantaisie et l’incertitude et entre les saisons et sur le vide et sur les chemins de cailloux, sur les sentiers d’amour, sur les berges de l’amitié sur les étoiles et sur tout ce qui se touche, tout ce qui se doit, tout ce qui s’échange, laisser des paroles d’or et de raison pour que les portes s’ouvrent, ils sont chacun et roi et reine et rien ne peut en venir à bout, ils sont dignes de respect et présents et surs et sages et ils sont dans l’ordre, dans la règle, dans la forme, dans le fond, dans l’inséparable, dans ce qui rassemble.

Ils s’enferment et découvrent seul le feu qui brûle, la main tendue, la déraison collective, ils sont rois, ils sont reines et ils chantent dressés et joyeux et un tout seul tire du feu des éclats de braise, des glaçons qui brûlent la peau. Ils sont chacun et roi et reine et ils se disent les chansons et ils se disent les paroles et ils se serrent avant le départ. Et à tous, miséricorde.

9 Août 2007.

jeudi 4 octobre 2018

Aux branches, les oiseaux.

Et il annonce la fin, au temps, beau et chaud. Sur le sable, la vie attend, grande, pleine, furieuse. L’espoir, les raisons, les soins, le temps passe, le temps passe, sa vision est pleine et trop petite.

Il y croit, il avance, il pense et dépose des brins de plume sur le sable, le feu est sous la cendre, l’été mord et dure, les oiseaux sont en haut, tout haut et chantent et il sent la fin du temps, des orages, des habitudes, il avance et cerne son ennui, sur le sable, sur la poussière, sur le sol, d’un pied actif, d’un pied qui tourne et se lance et cabriole et fait un grand remous. Les alarmes, les alarmes, il lui faut annoncer au monde son destin, le temps s’en va, le temps s’en vient et plus rien n’a d’habitude, plus rien ne vit, plus rien ne se chasse, la vie est figée, dans un bol sur la table, sur le sentier, sous les bras, dans l’air, la vie, sans rien à comprendre, sans rien à admettre.

Il faut accepter, le temps s’en va, la vie est si lente, le temps s’en va. La foudre, les alarmes, les saisons et le sapin et la sauge et le parfum des choses, un jour, ce soir, cette nuit, ils seront perdus.

Il dit, tout va finir et tout cesse, le temps s’envole et les bateaux passent, le charme coule de ses doigts sur le sable, sans rien, sans personne, les bateaux passent, les princes dorment sous le sable, les autres entre les roseaux et les arbres, veillés par les pigeons sur les branches, l’air a balayé cette tombe, les herbes grandissent, au repos, ils sont couchés et l’herbe les recouvre, ils se sont enfoncés, le passant a vu l’orage, le passant a vu au large, la trace du tombeau, sous la terre, sous les roseaux, sous le temps, il est suspendu, il attend et les plumes sont soulevées par le vent, par rien qui passe et qui les touche et tord.

Sa bouche est muette, le temps s’endort, les anciens sont couchés, les autres courent, courent, les plus grands se chauffent, tout s’arrête, les temps sont changés, la vie le désespère, les pigeons sur les branches, les belles endormies, sous la terre, sous les roseaux, dans les marais, sur le carreau. Le jardin est rempli, le temps va cesser, la lumière sera tiède, le temps va cesser, il sera allongé et perdu, rien au dessus, rien en dessous. Les oiseaux sur les branches guettent et espèrent, les morts sont au suaire, sous la terre noire, sous les roseaux, dans les marais, le temps est suspendu, les héritiers attendent. Il a dit arrêtez, et vous, debout dans les marais, attendez, les morts observent les chiens ensevelis, les noyés, ils glissent dans les eaux noires, la lumière frotte la surface. En haut, aux branches, les oiseaux chantent, les roseaux ont poussé et les petites mortes reposent en paix.

9 Août 2007.

mercredi 3 octobre 2018

Retour de la dernière.

Et pourquoi faire, et pourquoi dire les larmes de la pensée quand les étoiles du jour dansent sur le mur gorgé de soleil et de sel. Sans armes ni rancunes se promener sous la lune vague en rêverie autour des choses, autour du vent et des nuits fauves. Les mains offertes aux caresses d’écume, la joue tendue aux baisers des lames.

Et simplement il s’enchante comme si sa vie lui était absente. Il espère et revient. Sans cesse il recommence. Il cherche et il espère cette chose qui est là et qu’il recherche en vain sur son chemin de chagrin, et de paroles bonnes qu’il donne jusqu’à la dernière.

Et sous l’arbre il est, et il conte et raconte et parle et égrène les mots les uns après les autres. Il en fait un collier, une guirlande, une portée musicale sur laquelle il écrit un chant de liberté… un chant d’oiseau… … "Un jour … … … sur la plus haute branche".

Dans sa maison de silence il raconte et avance en ombres projetées sur le mur de poussière, où les larmes s’incrustent jusqu’à la dernière, et sous l’aile repliée en un creux bien douillet… à l’amour fait son nid… ici… sous la pluie.

Dans une goutte de rosée son rêve nait, grandit et s’évapore. Le semeur est dans le champ et jette les graines aux quatre vents… dans l’été et dans la nuit… dans la chaleur de l’espoir… dans la vie triste et dans l’ennui et la lumière des étoiles… sur le mur d’insomnies lavé des larmes de l’oubli.

Maria Dolores Cano, 02 octobre 2018 à 11:24.

Ils vont, ils viennent.

Ils vont, ils viennent et ils attrapent des taureaux et ils percutent et ils croisent et renouvellent sous le ciel. Ils fraternisent et espèrent et font du bien et du tracas et recommencent et interpellent et figent le bleu de la vie. La suite est longue, la suite est belle et forte et douce et sans pudeur, ils accrochent en ribambelle, le fer, le feu, le bruit. La force sur leurs épaules est tendue, ils secouent et se placent. Des éperons, de longues perches, des morsures, des regards vifs, des mots d’ordure et de chaleur et du caractère, de la frayeur et du vacarme sur leur chemin.

Ils avancent et frôlent la vie, la mort et les égratignures, le ciel est bleu, les taureaux passent, les épaules tendues, une éraflure sur la poitrine, un cœur perdu, des souffles et de l’air sur les lèvres sur la peau, sur les aisselles et un flot de mots d’ordure et de sueur, ils vont, ils viennent et courent. La main sur l’épaule et racle et tord la peau et recommence et s’attendrit sur le poignet, ils passent du bras aux épaules et du cou au cœur, le corps à corps, le cri perdu.

Ils vont, ils viennent, ils frappent les reins, le dos et raclent le sol, les pieds écrasent, le goudron brûle, les reins sont cambrés, cassent dans l’effort, l’accélération, le vif, l’ardent, les bras balancent et accélèrent, la course au sol accroche, les pieds tordus, la bouche folle, le cœur s’envole et réfléchit la lumière, l’ardeur sur la peau, le plaisir sur la chair, les pieds roulent, le sillon marque le passage, les pieds forts et légers tracent un rêve sur la poussière, une giclée de sucre sur le noir.

Les doigts dans la bouche, les cheveux collés au front, les doigts dans la bouche, les dents raclent les ongles, arrachent la peau, ils se frottent la main sur le cœur et passent sous le pied et démontent le tissu entre les jambes, ils avancent, ils sont pris, ils mordent et recommencent, et ils courent et ils vont et ils déchantent les vendanges et ils portent sur leurs épaules la raison de la vie ardente, les couplets chantent sur les lèvres, la main glisse sur le cœur, entre les branches et les aisselles, sur le dos, sur le bras, la ferveur coule et arrache des frissons bleus aux cœurs offerts.

9 Août 2007.

mardi 2 octobre 2018

Jusqu'à la dernière.

Pour faire, et pourquoi, et pourquoi faire, pour dire et proposer, inventer une journée, un soleil de plus, une projection d’étoiles sur le mur, un jet, un trait, il faut boire jusqu'à la dernière les larmes et les pensées.

Il faut la fraîcheur, une rêverie, une promenade autour des êtres, autour des choses, un flottement dans le vent, décomposer et offrir, les mains ouvertes. La paume caresse le dos, les objets les plus fins, la prise, le contact, il serre ses mains dans le dos, sur la vérité, il est forcé, il se laisse faire et tend la joue vers les épines et tend le fer au feu, au temps, au diable, les croyants donnent, commencent, forcent, enchantent, ils se laissent et ils se lancent des défis et ils s’offrent.

Une promenade entre la terre et l’onde, dans les précipices du goût, dans les horreurs des préférences, dans l’ignoble et l’ignominie, dans le secret et la verdure, il attend sous un arbre et raconte son histoire, un qui passe la reçoit, un autre la recommence, il se ferme et il se croit le plus hardi, le plus triste, le plus petit, le plus isolé sous son arbre, il vient de loin, il y retourne, il va avec les feuilles se fondre dans le soir, se fondre dans la nuit, et fendre, composer et raconter à tous la même histoire, sous son arbre il attend, un et autre ils recommencent, il a espéré et il a reconnu.

Les autres un peu se moquent et profitent, il attendait, ils sont venus, il est bien content, il a trouvé un air pour son histoire, il avance un mot après l’autre, les traces sont apaisées, il avance un mot après l’autre, un et autre ont oublié, il attendait dans la nuit, dans la certitude que tout allait recommencer, les oiseaux la nuit passent et passent, et il attend sans oublier de penser, simplement à dire son histoire, il est là depuis longtemps sous cet arbre et un et autre passent, il attend et bien il conte son histoire, il frémit en y pensant, ils sont là et ils passent, il conte son histoire, il avance vers sa liberté, il est affranchi, il se donne et il reprend, il compte ce qui reste entre ses doigts, sur le monde.

Il tournait, posé et calé, sous son arbre, il raconte son histoire. Pour faire et pourquoi, et pourquoi faire, pour dire et proposer, inventer une journée, un soleil de plus, une projection d’étoiles sur le mur, un jet, un trait, il faut boire jusqu'à la dernière, les larmes et les pensées. Ils passent et repassent et comptent ce qui reste entre leurs doigts, l’aile de l’amour a passé, ils sont sous l’arbre, ils écoutent des histoires, bercent les plus sages et couvrent un et autre de chaleur et d’immortalité, il est ici, sous son arbre dans sa maison.

En rêve il déploie son sac de malices et de rosée, un et autre, les bien assis le domptent et menacent, ils sont amusés et perdus, les histoires sont posées sous l’arbre dans l’été, dans la chaleur. Il fait nuit, l’histoire est oubliée, l’histoire est bien tournée, un petit bout de vie triste, sans rien faire, et pourquoi, et pourquoi faire et pour dire et proposer et inventer une journée, un soleil de plus, une projection d’étoiles sur le mur, un jet, un trait, il faut boire jusqu'à la dernière, les larmes et les pensées.

8 Août 2007.

lundi 1 octobre 2018

Retour au mur.

La joie se dessine sur le mur, les ombres sont lentes et s’allongent, se rapprochent et s’attirent. Les mains se cherchent et se touchent et se mêlent dans les pierres du mur. Les doigts se nouent et se disent les orages du temps et le cœur des amants.

Derrière le mur, l’attente, l’attente sans retenue… l’attente du grand soir et de la nuit des temps. Sur les sentiers du monde, sous le soleil clair, les yeux ouverts, tout est abondance dans la terre où transpire le silence. Attendre tout et rien, attendre sans effroi le vide et le plein, le regard empli de tout, le cœur sur la main… et simple tout simple attendre et espérer… la joue sur l’oreiller.

De l’autre côté du mur il y a le désir. La peau est sous la toile. La toile est tendue en lisière de souffrance. La toile est sur la peau, en attente… en attente du jour, en attente de la nuit… en attente de l’invisible tremblement du feuillage qui bruisse à son passage.

À la lisière du monde… il arrive et s’arrête et attend et espère. Le soleil caresse sa peau d’homme dans le monde. Il respire et se lève et ouvre les yeux sur l’infini, l’immensité devant lui. Il est si petit et il se pense qu’il n’est pas vrai que l’on s’enlise si dans le cœur et dans l’âme persiste cette petite fleur de la pensée… cette petite fleur du désir, cette petite fleur qui croisse et s’étire pour atteindre le soleil.

Les ombres glissent sur le mur. Le désir grandit et recouvre les âmes. Il n’est pas là ou peut-être si… là dans l’ombre. Comment trouver la force… le soleil est si loin, le soleil est fragile à ne voir rien, à ne point le voir. Simplement il passe, il retire le drap et la joie éclate. Un instant présent… un instant la vie… un instant il avance… un instant le mur tombe… … et libre est l’envol.

Maria Dolores Cano, 01 octobre 2018 à 09:19 

Le mur.

Au soleil, sur le monde, il ouvre les yeux et compte les rayures et défait le lit, les draps, les ombres sur le mur et décroche, et perturbe, et avance, et donne une leçon de joie, les yeux ouverts sur les murmures, il se balance dans le coin, gentil et peureux, affublé de rêves étranges, rétréci et racorni, jouant sans cesse au trouble, à la paire.

Les uns et les autres et les oubliés, il les connaît, il faut chanter et se mêler aux uns, aux autres, aux oubliés, il faut compter les pierres du mur, les secondes du temps, les orages, les obsessions, les grâces et les incertitudes.

Sur le monde, au soleil, les yeux ouverts, il cherche dans l’eau claire le retour, l’appétit, le désir, l’envie de farandole, la frivolité, le désir, la joie, les genoux sur les cailloux, la joue dans les épines, la vie dans l’escalier, les rires, les reflets, la séparation du tendre et de l’objet, du silence et du drame, sans problème, sans effroi, sans candeur.

La fréquence, le dépôt, la suite, les redoutes, le dos sur la face, le rien dans le tout, la plus petite et la plus grande et bien, et bien, n’importe quand, n’importe où, il se refuse, il se dépose, il se couche sur l’oreiller et respire, simple, simplement respire et attend et espère et recommence, il faut, il faut, se coucher et attendre, sans objet, sans panache, sans rien, attendre et gémissant et repentant, attendre.

Il attend toujours et recommence sans objet, le désir est posé, maintenu, soutenu, sans objet, dans le vide, dans le rien, il est posé, souffrant, gémissant, posé ainsi à la croisée du jour et de l’attente, la vie le refuse, il est souffrance et apaisement, et espoir et attente, visite du jour, de la nuit, des chemises, des étendards.

Le tissu est dans le désir, la peau est dessous, les étendards, l’oriflamme, à la croisée du jour et de la nuit, il est posé, en attente il ne dit rien et attend, tout, déchire la suite et arrache les roses et roule sous son pied les sarments, les feuillages.

Il a rompu avec les usages, avec les sentiments, avec la liberté, il est couché et attend, pur désir, grand espoir, l’âge se frotte et dore, dore, la peau au soleil, à la lune, dans l’eau, dans l’air, sur terre et tout au bout du monde, tout au bout, il ouvre les yeux et compte les rayons.

Le jour est posé sur les toiles, les draps sont nets, pour rêver il faut croire et tourner. Le dos sous la tête, vent debout, il est une pose, figure en proue, le soleil monte et monte, monte, les rayons tirent le rêveur, le désir est présent et il se pose et il revient.

Les ombres sur le mur, la face cachée, les étoiles qui montent et le repos et les faveurs et la sueur et les auréoles sur le temps et le portrait sur la mer sombre, il a bien mélangé, il a bien triché et il attend et il attend, les ombres posées sur le mur, le désir est là posé sans objet, sans crainte, sans volonté, il attend et choisit de toucher un peu son âme, son cœur, son élan, sur la vie, il court et il attend, il cherche et souffre et passe et dépose bien sagement, bien proprement des regards sur la vérité.

Le soleil est posé sur le monde, le désir est haut bien porté, les ombres montent et descendent et glissent sur le mur, le mur est en poussière, les rires et les chansons sous le drap. Sur le mur, il est posé, il est perdu, il attend et il espère sur le mur en face, dans le soleil et dans la joie, la vie avance. Il compte les pierres.

8 Août 2007.

dimanche 30 septembre 2018

Retour d'un pas à l'autre.

Il avance et il marche sans arrêt. Il avance et revient et recommence, jamais il ne s’arrête. De ses pieds nus il soulève la poussière en une nuée d’étoiles et poudre de lumière. Il est marcheur du silence. Il est marcheur du désert. Il accueille le vent et la nuit et la pluie et la terre, le soleil levant et l’espérance des jours clairs.

De l’air humecté de mousse et d’écume arrivent des oiseaux qui virent en spirale, et approchent et s’envolent et reviennent et retournent. Ils poussent des cris aigres. Sans tarder tout va être dilué, délavé et fondu… ainsi nos pensées fragiles…

Il avance et il pense, et courbe l’échine, et pense et repense. Il accueille et prend ce qui vient… la lumière du soleil, la couleur des jours, la lueur de l’espoir et la noirceur de la nuit. Il avance et il chante et il veut bien y croire.

Il avance et il doute, il avance dans ses doutes et attrape ses croyances dans les mailles de l’ombre. Il s’enfonce dans la terre, dans l’humide et le sec, dans le vrai et le faux, la poussière du temps et les ronces de l’avenir. Il tourne et se retourne sur sa vie sans histoire, sur sa vie de demain, sur sa vie et ses doutes, ses erreurs, ses chagrins. Il avance et il doute.

Sur le sentier de joie et de chagrin, il avance. Où est le très-haut ? Où est le très-bas ? Il le cherche et le trouve dans le grain de sable et la fleur du talus, le regard de la femme et le cœur de l’homme. Il avance et s’arrête, fait silence et écoute, il écoute le très-bas… sa grandeur et sa grâce. Les portes s’ouvrent dans le silence, le temps coule, le cœur glisse et le regard tourne.

Maria Dolores Cano, 30 septembre 2018 à 09:56

Sur une allée. II

Un pas, un pas, un autre.

Il avance encore et défait du bout du pied un amas d’herbes sèches. Il avance et recommence et il se perd sur le devant, la scène est immense, le chapelet des notes et des phrases tourne sur sa bouche, il effleure et recompose, la nuit, la monnaie, la terre, le vent, les espérances et le remord, le remord. Il plonge la tête dans les épaules quand se présente aux yeux, au cœur, un moment de honte. Il se pose et repose et dépose et tourne sur lui-même.

Il avance et il compose sa vie, il bat sa mesure, son bâton à la main, un sceptre, un épieu, il sépare les chiens et marque le passage, sur le devant, sur le derrière, le bout est de fer et marqué du frottement des pierres du chemin, des erreurs de la route, du sentiment étrange d’abandon et de malheur à venir. Il viendra, il viendra et serrera la bouche sur les remords. Il frappe l’air, bâton furieux au souvenir d’un jour de honte et de fureur, jour d’horreur, de deuil et de larmes, de larmes, il était perdu sur le chemin et rien n’avançait plus, ni les sens, ni les poings, ni les aveux, ni la certitude, il faut en retourner et retourner le son, l’inquiétude, le refus, la négation.

Il se pose et se repose et suit la même idée sous le ciel sans soleil et sans joie, sans rien, ni personne, sans le dépôt, sans le salut, les oiseaux volent et tournent, il avance et trébuche de certitudes en certitudes, il ne doute de rien et il fait plus et il fait poids sur la route, sur sa poitrine, sur ses épaules, il verse et déverse et mêle des monceaux, l’herbe est sèche et il salue un drôle de liseron, une fleur étrange allure de majesté et profil de sultane.

Il avance et ploie sous le ciel, il avance et meurt en les voyant et quelque violence l’oblige à rompre le silence, il avance courbé, ployé, fléchi et confus sur le sable, sur la poussière dans les reflets sur l’eau, les oiseaux volent et il avance et il tourne et rien ne dit non et rien ne se refuse. Les rayons passent sur le sol, la couleur est immense, la fraîcheur est avare, les riens, le tout, la finitude, la destinée, les oiseaux volent et accrochent les branches et se reflètent sur le sol, l’ombre est douce, la vie se calme.

Il avance, il avance dans sa honte, dans son remord dans son incertitude, double exact des pires certitudes qu’il doute, qu’il doute, il se redoute et rentre dans les champs de carottes, derrière une ligne l’eau tarie, les courbes se précisent et il est ainsi posé sur la route, la courbe du sec et de l’humide et les souvenirs de honte, tous les ignorent, il ne dit rien, ne fait rien et il tourne, le chemin déroule, la poussière vole, les ronces déchirent, les fourmis traînent, le chemin est lent et calme, entre la certitude et les doutes, la honte et le triomphe et les oiseaux au dessus de la tête passent et volent et encouragent et refusent les erreurs et déploient un filet d’ombre, une résille de pensées calmes et sérieuses, les autres chantent et se roulent.

Il marche et accélère et reste droit sur le sentier, entre la honte et le doute et le retour des oubliés, où est le haut, où est le plus haut, où est le très haut, il avance et remonte du temps de la gloire vers la solitude, vers le pardon, vers la chaleur, vers la vérité. Avance, avance et marche sans poser ni pied, ni regard sur l’avant, sur le retour, sur l’horizon, il faut souhaiter le retour de la générosité. Un pas, un pas, un autre et puis tout cesse et le chemin a oscillé entre la honte et la soif.

8 Août 2007.

samedi 29 septembre 2018

Retour d'une allée, un jour.

"L’air circule et donne à boire et à rêver et prend en tournant, la liberté, les rumeurs, les envies, les avances, tressées de fils de joie."


Marcheur, il avance au milieu du temps, ne pouvant éviter la rencontre de son ombre projetée. Au début du voyage, en route vers l’ailleurs, l’inconnu du grand large, le mystère des larmes, les serments d’hier et les voyous d’un jour. Il avance tranquille sur les sentiers du monde en solitude et silence. Il visite la nuit, les sommeils de l’enfance, là-bas, dans les lits de pleine lune où la lumière chante sous la voûte du ciel.

La vie passe et regarde le temps. Sur la berge les fleurs espèrent et attendent la lumière, les enfants retrouvés chantent et dansent, ils boivent le vin chaud et moelleux de la déraison.

"L’air circule et donne à boire et à rêver et prend en tournant, la liberté, les rumeurs, les envies, les avances, tressées de fils de joie."

Maria Dolores Cano, 29 septembre 2018 à 08:57

Sur une allée. I


Un jour, deux jours, trois jours, et il pose le pied.

Sur une allée de fleurs, un jour, deux jours, trois jours, il passe et fonce et force le regard sur l’eau. L’air circule et donne à boire et à rêver et prend en tournant, la liberté, les rumeurs, les envies, les avances tressées de fils de joie. Il est muet et protège sa route et consacre le soir qui vient au retour des enfants.

Et il charme et recommence et sert et ose et use et dit le bien et dit le mal. Il frôlait les orteils sous les draps, les doigts du pied raclent le sol, les animaux se penchent, retroussent les lèvres et montrent les dents et bouchent des trous d’ombre avec des pierres de lune pour forcer la lumière, pour rompre les chansons et avaler les coups.

Il faut prendre et faire et tordre et poser la main sur le cœur et ouvrir les yeux dans le soleil, il brûle et apaise et s’absente souvent et recommence et tord et frappe et ne donne plus rien dans la saveur du soir venant. Il a cheminé loin et descendu la pente et remonté et bu et saisi le malheur. La confiance est au coin, où se lève le vent, où chante la mésange.

Les oiseaux se posent autour de lui en déraison, il parade, il avance, il connaît les suivants, il saisit les dormeurs, il se redresse et pose les yeux sur lui, sur eux et pèse le poids des âges et des choses. Les compagnons venus, les compagnons perdus, des horreurs des carnages et le poids de la vie sur une peau encore tendre. Il se dérobe et jette au loin un panier de courage.

Les vertus l’abandonnent, il sait, il va, il vient, il sait et il reviendra sur le temps chauffer le lit des autres et fermer et ouvrir et poser un baiser et des larmes sur la main, sur le pied, sur le cœur.

Il avance et choisit, il saisit son bâton et change de main, les doigts détendus et le regard heureux, il salue les autres, les petits, les voyous, les oubliés du jour, les perdus, les solitaires, les revenus de loin et les sauvages enfin qui tirent sur la jambe et lèvent les yeux vers le ciel pour voir les oiseaux jaunes et bleus d’Afrique, ils quittent les parois et volent tout haut, bien haut.

Un jour, deux jours, trois jours, il passe et fonce et force et redit dans le ciel le poids des pauvres gens qui lancent au lointain des dragées et du poivre et éternuent sans être pardonnés. Il se recommande à eux, à vous, à nous, aux autres qui tendent des rameaux sur le front des enfants sans loi. Ils bâtissent des villes et règlent des accords de sang, mêlés d’orgueil et brisés par le flot. La nuit à fait orage, ils se déposent dans des paniers, à l’ abri.

La vie est lourde et longue, les chevaux sur la berge promènent et posent et attendent leur gloire, les enfants perdus sont en haut et chantent et rebroussent le poil et dictent leurs raisons et dépensent le bien et soupèsent le mal et commandent aux autres un rayon de sérieux, un doigt de piété, une once de sang, ils cultivent la vigne et les saisons et meublent d’évidence le grand mal, les chansons et les fauves charmés.

Sur une allée il passe et compte les fleurs bleues et regarde le temps et attend et espère un signe, un bâton levé face au soleil et qui bénit le sol. Il pose maintenant à terre et sans trembler, son pied si douloureux.

7 Août 2007.

vendredi 28 septembre 2018

Retournant en tournant.

"! Como, meciéndose, en las copas de oro,
al manso viento, mi alma
me dice, libre, que soy todo !" *

A quel moment la fêlure, à quel autre la fracture qui assécha la source. Il reste à recenser les herbages et les pacages de l’hiver, le visage de la nuit et la pierre fraîche sous la pluie. Peut-être suffit-il d’attendre. Peut-être suffit-il d’un regard tendre pour apercevoir la petite flamme dans le noir.

Des enfants donnent leurs yeux aux moissons et répandent l'or des blés au-delà des étoiles. Des enfants nouveaux couleur de pain chaud.

"Mi lagrima y la estrella
se tocaron, y al punto,
se hicieron una sola lagrima,
se hicieron una estrella sola.
Me quedé ciego, se quedo
ciego, de amor, el cielo.
Fué todo - y nada mas - el mundo
pena de estrella, luz de lagrima."*

"Tira la piedra de hoy,
olvida y duerme. Si es luz,
mañana la encontrarás
ante la aurora, hecha sol."*

Et les chiens tournent et bavent et rongent, et se rongent de remords. Seul l’enfant entend et voit et sent, et ose tendre la main qui apaise les chiens.

Tout est sans dessus dessous, et vogue, vogue, vogue à la dérive comme une barque mal arrimée, comme des liens mal noués, vers d’autres contrées désespérées, aveugles, muettes et sourdes... et dans ses mains ouvertes lui reste la blessure de son jour de martyr… Là-bas un autre jour…là-bas au bout de la nuit… un rayon de vraie lumière.

"Je tombe, je tombe, je tombe
Avant d'arriver à ma tombe
Je repasse toute ma vie
Il suffit d'une ou deux secondes
Que dans ma tête tout un monde
Défile tel que je le vis
Ses images sous mes paupières
Font comme au fond d'un puits les pierres
Dilatant l'iris noir de l'eau
C'est tout le passé qui s'émiette
Un souvenir sur l'autre empiète
Et les soleils sur les sanglots
O pluie O poussière impalpable
Existence couleur de sable
Brouillard des respirations
Quel choix préside à mon vertige
Je tombe et fuis dans ce prodige
Ma propre accélération" **

Maria Dolores Cano, 28 septembre 2018 à 17h33

* Juan Ramon Jimenez
** Louis Aragon

En tournant.

Il tourne sur la terre et cherche des cailloux, il est à l’abandon, il est en confusion et il se tourne sur la terre et il avance dans les rangs. Si le silence est en cause si la saison est bien propice, si les chansons le dominent, le régulier, le plus étrange, le plus incertain, le plus abandonné, il avance et il tourne sur la droite, sur la gauche et il se renforce et il se donne sans merci, sans retenue. Il faut dire et il faut faire, une charnière tourne sur le soir, il faut en faire offrande et retenir l’évidence, la mousse sur les pierres, la terre dans les trous.

Le plus complet et le plus tendre, l’eau a lavé le mal et les sarcasmes, il faut monter et toucher bien plus haut, bien plus beau et finir, et finir pour penser et recommencer et abandonner les idées et les plans. Il n’y a plus de projets, il faut viser les images d’un œil plus tendre et moins définitif et toujours luisant et plein d’espérance et petit et charmant et grand sur l’eau et fermé sur le soir.

Et rompu et sans entrain et plus fermé et sans grâce et sans élan, plus, ses yeux se couchent sur la feuille, les arbres répandent les parfums et les chants, la certitude, le renouveau et le plus intense. Les trésors sont dans l’œil et sur les épaules, il moissonne et pense et fonde une génération nouvelle, des enfants à perdre et à commencer et qui ne donnent rien et escamotent la vérité.

Il pourfend, il poursuit et serre les poings, les yeux sur le torse, il est au fond des âges, il est perdu, il se retire et recommence et les idées l’ordonnent. Il faut respirer plus profond et sans attendre et sans trembler. Et plus petit, il se laissait faire et il chantait pour tous, les chansons de l’immensité calme, du poids des ans, du cercueil fermé, sur une poitrine trop forte et rebelle, il a bercé cent générations et les plus tendres, les plus aimants, les moins sauvages.

Il part, il tourne, il tord. La vie est sur terre et il ramasse des cailloux, les pierres pèsent sur lui et pèsent sur la terre et il emprisonne les bruits et il cache les horreurs et il fredonne la ritournelle. Il enfonce des clous dans la table avec la main, et il saigne et il recommence et rien ne l’arrête.

Les yeux tournent en rond, toujours en rond et rien n’arrête et rien n’invente, il est tout affairé, tout petit devant les mystères, il attend le miracle, les présents sont retournés, les aveugles sont partis, les chiens tremblent sur la terre, les sortilèges agacent et fondent sur les yeux perdus, penchés, sans rire, sans attaches sans rien pour faire, que tourner et se prendre pour fils de roi et reconnaître sur la terre le pas tremblé des chiens effrayés et perdus de rage.

Et plus rien ne trouve de sens, les montagnes sont au dessous, les plaines sont bien pardessus et il se pense à l’abandon, à l’abandon, sans rythme, sans attaches, sans rien, et sans certitude, les montagnes sont bien trop hautes, les vallées bien trop étroites, et le désert, le désert. Il avance sur les chemins et fait semblant de ne rien voir et ne rien comprendre, de lire des surprises, des erreurs, des égratignures, des éraflures, la paume en sang.

Trois jours après sortent les épines, il a taillé dans le jardin et répandu des fleurs éclosent, des pétales, de la soie, des flammes sur les feuilles. Les arbres sont penchés, les étoiles attendent, il était en haut, il était en bas, il est par millier et tire sur les cordes, les planches tombent, tombent, tombent, il est à l’abandon, il est en confusion.

6 Août 2007.

jeudi 27 septembre 2018

Et le jour est heureux.

On marche sur un tapis de bleu d’azur, les bateaux passent, passent, les jours heureux, les jours heureux, les voiles, les dire, les faire et on tourne et recommence et les chiens aboient avec les uns, avec les autres, on tourne sur les talons et on effleure l’eau et le ciel du doigt, de l’œil, du bout du cœur.

Le pied est levé et on foule l’air et le feu, la sensation et les reflets, l’eau est partout, les jours heureux, les enfants passent et ils jouent sur le pont, ils sont venus et ils voient et ils jouent et ils entendent et ils reçoivent un salut, un bâton agité, la main nue était préférable, les enfants rient et collent des cartons, ils font des cœurs et du charme, les enfants rient et jouent et fuient, les jours heureux avancent et glissent sur le flot gris, le jour est sans chaleur, sans rien pour le haut, sans rien pour le bas, les enfants collent des cartons et font des images et jettent un regard simple, simple et souple, une main crispée sur le bâton, la main nue était préférable.

Dans les bras de quelqu'un, dans les bras d’un autre, ils avancent sur l’eau grise, les enfants collent des cartons, ils saluent la main crispée sur le bâton, la main nue était préférable. Ils sourient et ouvrent les yeux, des dents dans la bouche, une bouche pleine et de crayon et de carton, ils collent et glissent sur l’eau et ils avancent sans rien voir et ils tournent sur le ciel bleu d’azur et les oiseaux se posent, les poissons flottent dans l’air et vite, vite, vite, vite, ils flottent et tombent dans l’air et dans l’eau grise, ils replongent et voient les enfants, les cartons collés, les eaux grises, la main crispée sur le bâton, les enfants sur le pont, les idées neuves et claires et les bateaux glissent sur l’eau et les oiseaux frottent l’air et les enfants jouent, et ils tendent la main, le poing, le cœur, ils tournent sur le ciel immense.

Le cœur sur le rebord, la main au fond de l’âme, on se repose un peu sur une planche, sur une poutre, sur une échelle suspendue, sur un arrêt de cœur dans l’âme, sur une effusion vers le ciel, le jour est sans chaleur, les enfants passent sur l’eau grise, les oiseaux blancs se posent et volent, et posés, ils s’envolent et recommencent, et ils sont sur l’herbe coupée, sur les branches mortes, sur les berges, ils se posent et recommencent.

Le bateau avance, on est assis sur les talons, on imagine, on espère et sur le cœur, on voit passer des émotions et des bêtises, le poids des choses dans les yeux, un corps passe en flottant sur l’eau et un regard le déshabille, il flotte et glisse et passe sans voir, sans entendre, sans rien comprendre, sans y penser et sans rien faire.

On marche, on avance, on marche et on est posé dans l’air, dans les yeux, sur le cœur, on est fragile et dans l’espace, le bateau glisse vers le temps, vers le reste du monde, les enfants collent des cartons, le marinier cloue une planche sur l’autre et ils avancent vers la mer, et on tourne sur le chemin et on voit les oiseaux se poser et on voit les poissons sauter, sauter seuls, un à un dans l’air de bleu d’azur, dans l’eau grise, un jour de joie calme et sans chaleur et sans aucune amertume. Ils passent, ils glissent et ils clouent et ils collent et les chiens tournent sur eux même et le jour est heureux.

6 Août 2007.