mardi 11 décembre 2018

Leyla.


Il est en retard, je suis en avance. II

II

Sa vérité est un refuge, sposa, son disprezzata.

Je suis venu et il n’est pas là, encore l’attendre et sans trembler, espérer et reprendre, il faut un tel abandon, pour oser le suivre toujours, sur le front, aux avant-postes, la seule chose à faire, attendre, il reviendra, je suis parti, je suis revenu, et je l’attends, il se moque et il sait : un autre lui-même l’attend, il est fort et couvert de lauriers, le regain, la gloire, la victoire.

A la nuit nous nous servons dans la fraîcheur, et s‘il dort, je ne l’attends plus, il est là, nous y sommes tous deux, dans le serein, il est l’heure, les draps ne collent plus, j’ai attendu, il est là et tout dort. Entièrement soumis, il ne sait où attendre, il ne sait qui, et je sais quoi, j’ai attendu, il est venu et je suis là, aux avant-postes, j’attends et il est sur un monceau de cailloux, dans le temps chaud qui passe, tout se passe, je l’attendais, je ne l’attends plus, je suis servi et il se soumettra, il est au refuge, il sert les autres et il me délaisse, sa vérité est un refuge, je suis calé dans l’ombre et la fraîcheur, il est au grand soleil et je suis affamé, il tient sa main et je le veille en tous points, je lui murmure et j’admire, il est au front, il est partout, je suis de la cave et du grenier, des endroits retirés, du monde, au monde, loin de tous, sans un regard, sans une caresse, ils sont à abandonner.

Je les fuis, je n’attends rien d’eux, ils sont loin et le dévorent, il est offert et il me tourmente, où finiront nos jours, il me dévore et je suis loin de loin, au loin, pour loin, il est dévoré et dévorant, il est à perdre parmi les cailloux, il est à suivre dans les herbes et à rouler, autour du mat, dans les cordages, il est parti et ne rentre pas, il est abondance dans le regard des autres et il me perd et je respire, il est parti sur le chemin, laissant à droite, les moulins et j’ai marché du plateau au jardin. Il est loin, je suis seul et je me tourmente, la vie est en alerte, il faut survivre dans cette abondance, il m’a laissé, je suis parti, il est loin et je suis rentré, la vie est ouverte, le jardin est calme et pour un rien je dormirai, je rêverai, de calme et d’ardeur et de désir nouveau et sans fatigue.

Je suis là, il n’y est pas, où sommes nous, où sont-ils, il est en retard, je suis en avance, je joue et je tourne et je précède la construction, j’en suis rendu, j’en suis à mon dernier voyage, il ne sait rien, il m’oublie et bientôt il m’appelle, sa vérité est un refuge et je rêve du désir nouveau, les muscles n’y sont pas, la sève point, il est un rêve.

Une maison, la force y conjugue l’art et la précision, sa vérité est un refuge et les doigts s’enfoncent précisément dans la chair et tournent la peau, il faut attendre, il faut veiller, il est auprès des autres et je serai servi après. Une maison, un jardin, du temps, la peau est nouvelle, le teint est mat, ils se cherchent, ils s’attendent et il viendra, il est toujours venu.

06 Août 2008.

lundi 10 décembre 2018

Retour, en retard, en avance.

Il a mal à sa jambe éclatée. Il a mal à sa vie d'assoiffé. Il a mal dans ce monde dérobé.

Le soleil est perdu sur le chemin entre la patience et l'attente. Le soleil manque dans le jardin pour caresser les écorces et les peaux qui s'effleurent sans vraiment se toucher ni se rencontrer.

À force d’abandon et de renoncement, de peur et d’effroi, il n'est plus qu’une secousse incontrôlée prêt à s’oublier … demain il renaîtra.

Maria Dolores Cano, 10 décembre 2018 à 10:03

Il est en retard, je suis en avance. I

I

Je suis parti au loin, j’ai couru sur le chemin, j’ai marché, je suis revenu, une jambe éclatée sur un rocher, le sol se dérobe, j’ai couru les chemins, j’ai marché, j’attends, je soupire, il m’ennuie celui que j’attends. Je suis revenu, perdu de soif et de déraison, de rires contenus, rien n’en sort, rien ne vient, où est-il, la jambe, la jambe au rocher me fait mal.

Les images accumulées, ses images perdues, j’en suis saisi, j’en suis perdu, dans les tourments, dans l’ennui, la fin de l’été est proche, sa trace avance, je suis perdu et je ne sais rire, ni chanter, je ne donne, je ne prends, je ne pousse pas la porte, il y a une certitude, le désir est essoufflé, il n’y a plus rien qui chante, les oiseaux, une obsession, ils passent dans l’air, sous les arbres, ils filent droit, tournent et recommencent, et j’en suis content, rien n’avance, rien ne vient, il faut sortir, il faut repartir, je n’ai plus assez de murs pour toutes ces images, il faut brûler ou donner.

Le désir est dans le souffle, il faut bouger. Où est-il celui que j’attends, il est sur le chemin, perdu, ébloui, je l’attends, son absence essouffle ma déraison, il y a un beau soleil, du temps encore, où est-il celui que j’attends, comme une chanson de porcelaine, j’étale des images sur tous les murs, je tire de l’eau à la fontaine, il est parti, il reviendra et aussi le sommeil. L’ennui m’a pris, le temps me prend. Je ne questionne pas ces questions, l’interrogation est une évidence, il avance sur le chemin, la jambe me fait mal, les soupirs me tuent, il manque un soleil dans mon jardin. Il serpente d’un rire à une rencontre et je compte les oiseaux au ciel, il y a une confusion, je l’attends et il ne se presse pas, il est en retard, je suis en avance, nous avançons et souvent, nous effleurons.

Martyre, esclave, chante et pleure, attend, c’est ton destin, l’ennui rend inutile, il viendra, il viendra, il y viendra, il en reviendra, il se tournera et même s’il crie, le tonnerre se calmera, la vie est ainsi. Il faut creuser, bâtir, construire, ou nettoyer, faire briller les trésors, étaler les images. Je suis parti au loin, j’ai couru sur le chemin, j’ai marché, je suis revenu, la jambe éclatée au rocher du chemin, je pleure un peu, d’ennui et de doute, mais il viendra, il viendra.

Allons, allons, je le sais, je suis esclave et je règne par ma servitude*.

5 Août 2008.

*Souvenir des mots de Pietro Metastasio et de la tonique mélancolie de Giambattista Pergolesi.


dimanche 9 décembre 2018

Retour royal.

Ils sont rois, humbles et serviteurs, rois de cœur. Ils avancent sur des chemins neufs, sur les sentiers du monde qui longent les rivières. Ils sont rois de silence. Ils sont la fraîcheur du souffle qui subsiste jusqu'à l'infini. Ils sont.

Maria Dolores Cano, 9 décembre 2018 à 11:15

Ils sont posés. Ils ont posé. Ils sont rois. III

Ils sont rois.

Car, là, ils sont , et là, ils sont venus et ils franchissent le ruisseau, un bras de fleuve presque sauvage, depuis mille ans, depuis toujours, on jette sur les eaux des pierres rondes, des pierres plates pour calmer le courant et faire une chaussée pour les rois. Ils avancent, en tremblant, sur les marches, le pied mouillé, serrant sur le cœur les outils du commandement, les souliers et le drap.

Sur le cœur ils serrent et posent un pied après l’autre sur les cailloux, il faut franchir ainsi la rivière pour continuer le passage, il faut franchir les fleuves, il faut croiser et avancer pour conquérir l’espace pour ne pas être d’un seul côté. Le pied se retient sur la pierre, le pied hésite et se reprend, il faut avancer et garder sec, le cœur et le drap, il faut avancer pour conquérir l’inutile.

Tout est passé, il faut comprendre, les yeux posés, les pierres retiennent, l’eau est calmée. La brisure chante, les gouttes rêvent dans l’air le flot incessant. Depuis mille ans, depuis toujours la même goutte est suspendue sur le temps, sur l’espace, dans l’air, dans l’air. Mille mains, mille pieds ont étendu cette couronne, le poids des âges sur chaque pierre est avancé.

Ils sont rois ceux qui franchissent, ici, cette rivière, si loin, si près.

4 Août 2008.

samedi 8 décembre 2018

Retour, posé.

Ils avancent, ils avancent et approchent, et accueillent l’homme, leur frère dans son humble condition. Ce fils de roi, ce fils aimé, condamné à la gloire.

Maria Dolores Cano, 8 décembre 2018 à 14:06

Retour, la corde en un tour.

La corde brisée –un titre donné à une de mes aquarelles– la corde du puits où ma mère pendait ses volailles pour les conserver au frais en vue des ripailles après les corvées de l’été la corde des guitaristes aux mains coupées par le dictateur chilien pinochet me recuerdo Amanda la calle mojada la corde des pendus se baladant dans la ballade Frère Villon la corde du trapéziste qui ne voulait plus redescendre du chapiteau tant il était captivé par le roman de Georges Perec la vie mode d’emploi la corde brisée comme une pâte la papatte des chiens écrasés par les pneus des chauffards la corde brûlée la corde du maudit sois-tu carillonneur celui de mon village s’appelait je ne l’invente pas le Rey la corde d’Alain Rey qui tire à lui les mille et un roberts et tous les dictionnaires amoureux la corde d’il pleut bergère autour du cou des blancs moutons la corde dans la valise rouge du grenier allez savoir pourquoi

Jean Jacques Dorio, 8 décembre 2018 à 10:51

Non senti la tromba ?

Je veux combattre, cela résonne et je comprends, il faut aller et prendre. La folie est proche, la rage certaine, mais froide, froide, je passe d’une rive à l’autre et j’attends, il faut combattre, il faut aller et se tromper encore, il faut forcer la dose, comprendre, racoler le destin, prendre dans la main, le poing ferme les fils serrés du monde, le lien de l’éternité. Chaque plaisir est un rocher, la vie est une mer, la voix tourne, la vie est une mer, sur chaque rocher pleure une éternité, une source pour atteindre le bord, le bord. 
 

L’existence est folie, les sources sont amères il reste un point serré, tendu, la tête dans la forge, le fer sur le fer, la folie frappe, les traîtres sont ici, ils entendent, ils chantent, ils espèrent les voix, les voix immenses, ils tirent, ils poussent, ils avancent vers l’échec, il n’y aura pas de repos, il n’y aura pas de fin, la peur, les alarmes éclatent et tonnent, tonnent, ils sont en fureur, les voix se disent et pleurent.

Il y a sur ce passage un tremblement, ils s’enfoncent, ils sont perdus et rien ne les retient, sur la peur, sur le rocher, sur l’absence, ils ne construisent rien, ils attendent et rien ne les tient. Ils se noient, fourbus, arrachés, troublés, assommés, ils perdent le temps, sur le sermon égrené, du rocher au bois, du mensonge à la vérité, les voix se taisent et retournent, ils se trompent de nom, ils ont perdu le sens, les fous sont en place, sur les pierres, sous les branches, sur la terre, il n’y a plus que des feuilles, elles tombent, elles se heurtent, enjambent les voix sur le front, sur le temps, sur la vie.

Il y a des affronts, il y a des alarmes, éclatez fières trompettes, éclatez, ils se trompent en avant, ils avancent en arrière, ils sont recrus, de fatigue et d’ennui, il n’y a pas de rêve, il y a un chemin pour avancer, il y a un tournant à prendre, une fièvre à guérir, il y a des combats à mener, pour déchirer, pour lacérer, se tromper et recommencer, pour atteindre les étoiles qui s’éloignent. Je veux combattre, j’avance et je me perds, où sont ils les géants, est-ce ma famille, où sont-ils les héros, je tourne sur le rocher et passent les oiseaux, le rêve passe, sans armes, sans fermeté, ils se répandent du rocher aux arbres, de la vision au retour, au retour.
 

Sans cesse, il se penche et voit les ombres sous les arbres, les feuilles perdues, à ramasser, il faut cueillir, la mousse sur le sol et construire, construire. La voix est silencieuse, les oiseaux tournent au soleil, sous les branches les rochers pleurent, ils sont tombés ils sont ailleurs, ils se perdent et rien ne les attend. La folie est proche, la rage certaine, mais froide, froide, je passe d’une rive à l’autre et j’attends.

5 Août 2008.

Ils sont posés. Ils ont posé. Ils sont rois. II

Ils ont posé

Pour entendre le vent dans les branches, pour sentir l’eau couler sur le menton, pour retenir la joie et se gonfler d’espérance, il faut aussi poser le pied sur une pierre plate, en équilibre sur une ronde, et qui affleure à la surface.

Le pied en équilibre il tire un regard perdu, les mains crispées sur le tissu sec qui séchera, qui doit sécher, pourvu qu’il ne se mouille, pour vu que le soleil réconforte le roi maladroit qui est posé sur les marches de pierre affleurant toutes sous l’eau fraîche. Il est passé, il est passé, il a avancé sur le sentier de la gloire sur la passe aux eaux qui tremblent, les pierres, une touche l’autre, posées ici depuis toujours, depuis mille ans que les hommes passent, ils encombrent le ruisseau de pierres plates posées sur des pierres rondes pour y passer, pour y passer, pour franchir en majesté le ruisseau clair, le ruisseau frais, le corps serré sur les tissus qui sécheront qui doivent sécher et ne pas tomber.

Le sol est pavé pour le triomphe, ils passent sur les pierres plates, ils glissent le pied, pour un baptême à rebours, à reculons, ils vont au ciel, ils foulent sur les pierres plates les éclats de gouttes qui volent, qui partent et retombent depuis mille ans, depuis toujours et pour longtemps, les gouttes d’eau volent aux airs et couronnent le pied qui penche, il hésite et recommence et franchit la passe en riant il a sauvé son équipage, le drap, les souliers, tout est sec, la victoire est certaine, un roi puis l’autre, ils sont passés et ils avancent au ciel en reculant en reculant, la tête dans les nuages, les pieds mouillés les pieds mouillés, le serpent glisse sur l’eau, il se retire et part au loin, la tête dans les nuages, le cœur perdu dans l’air, la main serrée sur la poitrine, serre à son cœur le manteau du commandement, ces rois sont en ambassade, ils faut interroger le temps, interroger la vie et rendre un avis éclairé par l’oracle des gouttes d’eau qui vibrent sur les cailloux. La tête est précisément couronnée, de nuages et d’eau en gouttes éclatées qui se posent dans l’air depuis mille ans, depuis toujours.

Ils entendent le vent dans les branches, sentent l’eau couler sur le menton, retiennent la joie et se gonflent d’espérance, ils ont posé le pied sur une pierre plate, en équilibre sur une ronde, et qui affleure à la surface.

4 Août 2008.

vendredi 7 décembre 2018

Retour, posés.

Les nuages courent à l’horizon, frôlent la surface de l’eau et soufflent l’air dans les yeux du ciel. La corne de la lune tombe dans l’eau à l’endroit même où les pieds des rois ont foulé le ruisseau. Un prince est né qui sera foudroyé.

Maria Dolores Cano, 7 décembre 2018 à 10:15

Ils sont posés. Ils ont posé. Ils sont rois. I


Ils sont posés.

Comme sur un sentier, ils se mènent jusqu’au val et là, les rayons moussent, le ciel est posé sur l’herbe verte, ils sont seuls en ce monde et posent au ciel des regards pleins de cailloux. La bouche en feu, le ciel sans nuages, ils se posent sur le sol vert, ils foulent l’herbe et écrasent la vie, la vie. Ils se donnent et se reprennent et foncent dans la chanson noire, ils sont à terre et ils se posent, les pieds dans l’eau, les pieds dans l’eau. La confiance dans le cœur qui bat, dans la poitrine qui se creuse et maintient et secoue l’air dans les cotes, les espaces verts, l’eau coule entre les doigts, au milieu du vallon, au milieu de l’eau, les pierres sont une marche, un roi y pose le pied, le corps soulevé dans les airs, la peau tendue par la fraîcheur, les reins creusés par l’attente, ils sont en avance sur l’eau et rêvent seuls de solitude encore, de frissons sur les reins creusés. Debout sur l’eau, ils avancent sur le chemin de pierre jonché, sur l’avancée du rire aux larmes, les rois avancent sur leur pavé, sur la chaussée, ils sont géants et emportés. Sous le pied, sous la langue, le corps est posé sur les eaux, ces dieux avancent, ils glissent sur le pas d’eau et d’éclats et de gouttes qui volent, ils sont posés sur un pavé de marbre couvert d’eau, d’air qui glisse sous la peau.

La terre pose un fardeau sur leurs épaules ils se tiennent sur le côté, ils enlacent le point du jour, la lune en croissant blanc, pâle nuage fleuri au ciel et ronge les cailloux sous leurs pieds nus, ils glissent et avancent, ils sont éveillés de chaleur, ils sont consumés de toujours glisser un pied sous l’eau pour vivre encore dans l’espérance, pour arracher au sol une fleur de fraîche senteur, un éclat de glace qui fond, une rayure de soleil sur la peau nue, sur la peau nue. Les branches griffent, les feuilles tombent parfois dans le tourbillon, ils sont posés sur les marches de pierre, les pieds dans l’eau, le regard clair ils traversent et reviennent, le pied glacé glisse sous lui, ils se posent et contemplent au loin la courbe de cailloux. Ils ont marché sur le tapis du triomphe, les gouttes volent en eau d’éternité, depuis mille ans, depuis toujours les gouttes d’eau s’envolent sur les cailloux, ils se glissent dans cette histoire, le corps tendu, le corps perdu, depuis mille ans, depuis toujours des rois franchissent ce ruisseau.
 
4 Août 2008.

jeudi 6 décembre 2018

Retour, sans dire, sans faire.

Dans les ténèbres la lumière vacille
______________________ fatiguée
le vent se tait ________ fossé béant
empli d’eau ___ de lumière
au creux l’absence

On attend ____ on voit
le rêve passe
la vie avance sur la rampe

Cri perdu
creux de l’oreille ____ sourde obscurité
pas du silence en équilibre sur la rampe
_______________________ ouverts au ciel
dans la main du jour un soupçon d’éternité

Maria Dolores Cano, 6 décembre 2018 à 09:40

On est sans dire, sans faire.

On est, sans rien dire, sans rien faire, sur le devant, dans la poussière, accéléré et rendu, imprimé dans la lumière, sur l’escalier. Sur le devant, on se retire du chemin, on monte, on descend, la douleur est entière. Les jours sur les jours, la chambre sur la chambre, dans le rythme, du lever au coucher, de la nuit à la nuit.

On est en espérance, on est en esclavage, il y a une petite liberté, une petite fleur sur le bord, à l’ouverture, on est ici sur le devant sans rien entendre et on essaie de dire : la lampe est allumée, ils ont crié au fond du noir, entre les larmes de la lune, dans l’air, dans le sable, éventrés et certains et sur le souffle. Le silence est intact, la nuit coule sur la toiture, les yeux ouverts, le sang en flot, ils ont tenu, ils on cherché, ils ne marchent plus, le niveau est atteint, ils tournent sur le ciel, ils comptent les étoiles, ils engrangent la chaleur et le temps. Le vent s’est tu, le noir est intense et un a crié mort ou victoire, dans l’escalier, loin du jardin au rebord de la fenêtre.

On attend, la vie avance, chaque pas remonte dans l’escalier et chaque pas sur le sol, une torture, une souffrance. On entend loin, on voit court, le sol est dur et crie et craque, les pas lourds, la lune noire, ils ont entendu, et un a crié sans espoir. La lune sur l’ouverture, les voyageurs, les condamnés, ils tirent sur le drap, sur la peau, sur le temps. Dans l’escalier, sur la rampe, la main griffe et frotte, ils ne raclent pas le pied, le sol est propre, la poussière est dehors sur le chemin où le soleil sèche la boue.

On a crié une seule fois dans la nuit, ils ont perdu le compte calme du souffle sur le lit tendu, tendus aussi et ils attendent, le soleil viendra, le calme est resté. Un pas, un autre, un cri, un autre, ils serrent et recommencent, au loin tendus, au loin perdus, sur le sol frais, dans les draps clairs. Les yeux ouverts, les yeux tendus, ils soufflent un souffle calme, il faut attendre la fraîcheur, il faut espérer, le retour des flammes, de la candeur sincère, pour vivre libres et heureux et forts. Les morts comptent le temps, les doigts servent et ils accrochent un peu de larmes, un peu de sueur, ils ont entendu la morsure.

On a lancé dans la nuit les oreilles et le jour, la suite, le temps est venu, ils se raccrochent. Il y a chaud, il y a loin, la lune tourne sur le monde, les heureux dorment et oublient, le cri est mort, le cri est loin, ils sont tendus et ils s’éveillent, le clair, le jour, chaque pas souffre en silence, le cri a retenu la vie, ils sont ensemble sur le temps, ils sont ensemble dans la nuit, ils tournent vifs et recommencent. Serrés, déposés dans la main, l’espace au ciel les recommande, ils sont frais et posés, sur le jour, dans le temps, ils montent et descendent l’escalier, la rampe, la vie, le jour, la nuit.

1 Août 2008.

lundi 3 décembre 2018

Retour d'une chose nouvelle.

Les oiseaux hypnotisent le regard à l'infini

... à l'infini ... à l'infini ... à l'infini ...

Maria Dolores Cano, 3 décembre 2018 à 14:42

Une chose nouvelle

Il se passe une chose nouvelle, l’automne est remonté en Juillet finissant. Où vont-ils ces oiseaux qui jouent, mon regard est posé sans lendemain sur eux.

Il y avait, du tremblement, il y avait, du je t’aime, il y avait, un moment grave, un moment fervent, un moment de rencontre, le finissant, l’infini et le fini.

31 Juillet 2008.

dimanche 2 décembre 2018

Gilets blancs et robes bleues.


Dans l’herbe rase.

Cela sort du néant et cela y retourne, j’entends la voix des absents. Je compte sur les prés, les fleurs, les embrassades, j’extirpe du ciel bleu le cœur et la raison, je vois un animal qui passe, les herbes sont posées, les taillis sont hauts, les arbres accueillent et posent le ciel même, les oiseaux chantent loin, ils servent les troupeaux, partis de l’infini et retournés, dans l’ombre, sortis du néant, retournés au placard, montés par l’escalier, descendus dans la plaine. Il voyait la mer, du haut de la montagne, de mures et d’oliviers, le cœur dans l’eau se baigne, le cœur dans les tourments explose son cercueil.

Je vois au sol creusé une mer de roseaux, je sens au pas tremblé de la rouille dans l’eau. Il s’est posé, il est venu l’oiseau bleu sur les eaux, il revient, il repasse et cherche une branche. Dans l’ombre, les écarts, les fleurs mauves et pâles, dans le ciel l’herbe verte et les arbres branchés. Au ciel un cœur qui bat, une aventure intense, l’idée de l’infini qui vient et rebat, le tour est infini, les oiseaux chantent, les animaux pleurent, les fleurs bleues rentrées, les fleurs bleues posées là, qui soutiennent le temps, qui grimpent dans les arbres et au soleil, les fleurs bleues qui se fanent et tournent.

Les traces sont tendues, les traces son droites, les hommes sont passés, la nature est perdue, un œil est ouvert sur cet infini, un œil est fermé dans cet infini, il en vient, il y retourne, il avance sous le soleil et compte les fleurs bleues. Je viens d’une autre rive, je viens d’un autre temps, je passe dans le ciel et frise l’ouverture et l’heure a tourné, les nuages frissonnent et grisonnent au ciel bleu, les fleurs bleues sont en panne et pendent lentement, la lumière a changé, les ombres sont plus fraîches, comme un matin de joie, de calme et d’espérance, comme un matin avant l’orage, dans le ciel un oiseau blanc passe.

Les hommes ont tracé tout droit dans l’herbe rase, les animaux aussi cachent le temps ils effrangent l’ardeur et posent l’inquiétude, toujours ils se défendent et finissent d’en haut et posent en bas leur nid et leur enfance. Dans l’eau, je verrai le sacrifice de lumière qui plonge et les rayons qui battent. Les insectes à la surface et j’attendrai d’être mouillé pour sécher mon cœur assoiffé. Je ne reconnais plus le calme et le repos, la lumière a changé, les ombres sont plus longues, il est matin encore et la terre s’éveille. Je suis et maintenant me dis, les animaux me parlent et les fleurs me sourient, où est le reste, où est le monde, où sont les gens, ce temps est à côté du temps passé des autres. Ce matin comme une journée, comme une année, comme une saison de l’éveil au sommeil, de l’hiver à l’été, ce printemps est en marche, ce printemps est fini, la douceur se contemple, le rêve se poursuit. Ils vont entrer à nouveau et encore les yeux des gens perdus sur ce chemin qui court. Il y a de la terre, de la poussière, de l’herbe sèche, de l’herbe verte, des fleurs bleues, des fleurs jaunes, des roseaux et des arbres poussés et des ombres qui tremblent et un amant heureux de cette vie chantée.

31 Juillet 2008.

samedi 1 décembre 2018

Ce jour.

Ce jour en morceaux. 

01 Décembre 2018.


Pour y croire un peu.

Retour, sans rien dire, sans rien faire.

"Compère qu'as-tu vu ?"

J'ai vu au plus chaud du jour la lumière comme une éclaboussure. J'ai vu l'ombre des arbres faire un lit aux oiseaux. J'ai vu sous les rameaux Israël libéré. J'ai vu entre les branches une étoile… une lune. J'ai vu au fil de l'eau le regard de l'homme. J'ai vu un voyageur venu du fond des âges. J'ai vu un coin de terre dont le nom fait rêver.

J'ai vu … j'ai vu … … oui, j'ai vu "sous l’arbre aux doigts penchés, sous l’arbre aux doigts levés" des hommes qui avancent, et luttent sans relâche à la sueur de leur front, goutte à goutte contre l’inexorable.

Pour qui ? Pour quoi ? Pourquoi ? Pour qui ?

Un deux trois… le ciel se lamente, le pied est dans la boue, la tête dans le nuage sans âge où la lumière crie. Un deux trois… les oiseaux lissent leurs plumes sous les pleurs du vent, et tout se noue se dénoue et se renoue dans l’inextricable.

Enchaînement figé dans le temps emmêlé.

Voyageur sur la terre, il lègue ses souffrances aux humbles passagers, aux chemins, aux sentiers, et aux soleils couchants. Dans sa voix une larme lui apaise le cœur, oiseau rouge dans la cage de sa poitrine en feu, oiseau rouge écorché, résigné dans ce jour en morceaux. 

Maria Dolores Cano, 1 décembre 2018 à 19:27

Sans rien dire, sans rien faire.

J’irai, je planterai le même drapeau, je forgerai la même bannière, j’étalerai toujours les draps du lit au carreau. La violence est ancrée, la violence est en marche, le tour du bois est beau. J’irai finir et pleurer sans entraves, et laisserai aller au terme le repos. J’irai, engranger, enlacer, dérouler la chamade, descendre à l’infini et poursuivre. La joie ce matin éclate sur la rive, le tremblement est sensible, la volonté est forte, les espoirs sont déçus, la solitude est immense, le soleil ronge l’os, le vent est supportable, les idées sont tombées.

Le tremblé est revenu, il y a dans la main, il y a dans le vent, une histoire à conter, un désespoir à lire : la liberté est faite d’ennui et d’espérance.

J’ai vu le bateau qui passait loin de moi, j’ai vu la souffrance qui calculait le rêve. Les temps sont mélangés, les genres sont perdus, il y a sur cette terre un goût de rêve et d’absence. J’admire, je retiens, je roule et je comprends l’air sur la peau, le soleil jusqu’aux os, le cœur à fond perdu. Je retiens la saison et je retiens le vent : le signal est en panne. Je retiens les soupçons et je grandis devant, je referme les yeux sur les fleurs des champs, en arme je jongle avec le grain, je jongle avec la vie, le sol prend mes sens, la course est infinie, les mondes se rappellent, les bruits révèlent le mystère.

Les hommes ont tremblé, les hommes ont crié, ils ont foulé le sol, ils frappent le métal, ils tapent sur les troncs. Ils veillent, les amants, la pression est intense, la pression est forte, ils se foulent et perdent pied et se noient dans les draps, dans la sueur, dans le souvenir, les rencontres, sous l’arbre aux doigts penchés, sous l’arbre aux doigts levés, le rien se renouvelle, l’immensité se donne, ils sont éveillés et pleurent, se défigurent et geignent et retournent à l’eau, sur le dos, sur les reins, ils frappent et recommencent.

La vibration est lente, le calme est revenu, j’aime sur le naufrage défigurer l’absence, j’aime la voix qui craque et le hoquet qui tourne, j’aime les refus donnés et le repli perdu. La peau est irritée, les fils s’étirent, le souvenir est loin, le souvenir reviens. J’ai vu le lendemain une distance entière, j’ai sur la volupté un regard ébloui, j’ai dans le jour qui danse une ferveur sincère. Je suis au masque gris pour jeter la rougeur, je suis au masque blanc pour dire et reconnaître.

Le sanglot est lointain, la pulsation est grave, le rythme est lent, bien lent, il n’y a pas d’affrontement, il n’y a pas d’embuscade, je passe et je repasse dans la boue, séchée, sans âge et sans goût. Entre l’herbe et le ciel il y a la lumière, il y a les yeux perdus, ils raclent le sol, il y a l’infini du dire, du mal faire, il y a la banale beauté, il y a le silence sans âge et sans attaches.

Un, deux, trois, un, deux, trois, je me mêle au ciel, je me mêle au vent et j’attends le miracle, j’attends la chaleur nouée sur la branche penchée, j’attends le grand sommeil et j’attends l’explosion, la liberté est là, les oiseaux en profitent, attachés à l’arbre, à la saison, au nid, au rite des amours, aux couples qui lassent de dire et ne rien dire et tout recommencer. Je suis frappé de stupeur, les oiseaux pleurent, ils griffent les épines, mordent la chair nouée, mordent le temps perdu, mordent les yeux aveugles qui font le retour clair.

Le vent soutient le calme, l’air défroisse l’horizon, au matin ce repos comme l’après- midi du calme, dénoue les muscles las, déforme les bras durs, défait le talon craquelé et sauvage qui mord à chaque pas le sol de sable et de boue. J’ai brossé mon talon et j’ai rangé mon peigne, la brosse a creusé les rides, les sillons, le corps est fatigué, l’âme est redoutable, l’hiver viendra bientôt et je suis dans le masque.

Le blanc, le noir, il faut trouer et passer au dessus et rejeter le gris et finir dans le rouge et voir le bleu, le jaune et chanter les couleurs. Le reflet sur l’eau envoie un vieillard sombre. Il touche à sa tête une raideur adolescente.

J’ai étendu les boucliers, j’ai déposé les bannières, je dépose le casque, et je montre le muscle. L’illusion est immense et le regard au sol, le cou trop raide pour lever l’œil vers l’horizon, le cou est trop raide, je suis seul sur le sol et personne ne voit et j’entends les oiseaux qui pleurent et se lamentent, j’ai toujours sur les yeux le masque des batailles : que dieu se montre seulement.

Enfant perdu, enfant trouvé, grandi et dévasté dans la liberté et la chaleur, la peau cuivrée, les mains en émoi, le cœur sur l’horizon et les yeux dans la fange, redresse un peu le cou et voit plus loin, le soleil est en haut, il faut avancer et chercher les étoiles cachées dans la lumière. Le pied foule les herbes et racle la poussière, rien ne souffle, rien ne se voit, le temps est suspendu sur l’arc des illusions, le calme est rentré et le cœur s’éteint.

Je suis à mon soleil, je suis à mon ambassade, je défriche le vide et sème le néant sur le plat, au niveau où les yeux posent une larme, tout est menacé et finira peut être, sur le sentier, je vais à mon chantier, je traîne la douleur, le silence sur le plat.

Le sol est déboisé de branches mortes, ils ont jeté la cire à la nuit sur le sol, ils étaient attroupés, ils sont partis en force, ils rentrent dans le cercle et volent mon ardeur.

31 Juillet 2008.

vendredi 30 novembre 2018

On, il, elle, et tu, et je.

On vole de la poussière, on vole des grains, on vole du vent, on vole du temps, on arrache, on transpire, on transforme, on incline et on refend. L’été joue à l’automne et au soleil noyé, aux cheveux brouillés, aux écorces éclatées, on s’abrège, on se noie, on se transpire, on se forme et on recommence et palpite et subit et défait et remplit. Elles se passent, elles se passent et recommencent et s’enchantent, petites pommes au pommier, elles attendent au bord du chemin en souffrance et en poussière, le feu sur la route, oh, éteindre l’incendie, bouger, danser, parler et rire et recommencer, avaler la poussière, croquer les pommes, éteindre le petit pommier sur le bord de la route qui attend le passant dans la poussière, sur le pont ils invitent, sur le pont ils invitent, les filles se soustraient, ils n’y repensent plus, ils plongent dans l’eau et bougent dans le canal, les oiseaux glissent sur l’eau, la rambarde est aveugle. Je suis dans l’absolu, je suis dans l’émouvante confession, je suis dans la survie je suis dans l’attente, je suis sur le bord et j’attends, les filles se refusent sur le pont, ils plongent, plongent et ils attendent, le pommier sur le bord de la route attend couvert de poussière. Incrusté, inséré, serti dans le paysage, serti dans le pays, calqué sur le poison, posé sur le rebord, la tache rouge le regarde, il avance, il frissonne et il rit et il rit. La vie s’est refusée, les oiseaux sont tombés, les feuilles sont sèches et l’été joue à l’automne, les oiseaux en bande assombrissent le paysage, le matin devient la nuit. Amandes au paysages et vertes et douces, il refuse mais reconnaît les fleurs et les fruits entassés dans un sac gonflé de vent et d’incertitude, il avance dans la poussière les autres courent, courent. Comme une saison avant l’autre, les feuilles jaunes, les feuilles tournent, le raisin est presque mur, la vie va beaucoup trop vite, une voix se plaint et emballe les confidences, les talus sont ravinés, la terre est arrachée, la poussière vole, ils courent au loin, ils avancent, la saison est trop en avance, la récolte sera perdue, il a changé de paysage, il a changé de lieu, il s’enfonce dans le vert, la cabane est agrandie, le sourire lui pèse, il avance sans remord, il ne sait où il veut, les nuages passent sur les branches, ils portent une odeur de résine et de benjoin, sur le figuier noir ils attendent les rouleaux du malheur, l’infinie précision et la candeur. Il faudrait qu’ils en tirent, il faudrait qu’ils en soient, des oubliés du temps, des blessés dans ce paysage aux amandes douces, ils ont déchiré leurs armures, ils ont répandu leurs entrailles, ils sont à petit feu, décomposés, finis, posés sur le devant, posés près des étangs où les coquilles brillent.

Ils ont bien répondu et chanté sans attendre et fini sans espérer, il aura ainsi fait tout ce qu’il avait à faire, sans angoisses, détendu, réfléchi et posé. J’ai trouvé, j’y comptais et je suis près de la rive, je fuyais la misère et rechantais le temps et composais dans la chaleur qui monte une hymne pour la liberté, une hymne pour la fin des temps. Entassé, écrasé, pourri, répandu sur la berge, défiguré, le temps perdu de misère et d’angoisse affronté, somnolant il saigne et se lamente, toujours cela remonte, toujours cela reprend du fond de l’eau, du fond de la boue, le meurtre et l’habitude, les mots sont innocents, les herbes sont pointues. Je veux, je viens, j’enchante, je romps, je lie, je pointe, il faudra bien tuer la menace éclatante, il faudra bien offrir un espoir, un retour, un abandon, une entrée dans l’histoire, il faudra bien apprendre à lire, à écrire, à compter, à tuer, à piller, à renverser la pierre, à tourner le mal sur lui-même, à définir le chaos, à crier dans l’immortalité pour que reviennent éclatants et glorieux, la paix, la liberté, le calme, le repos. Il n’a plus de raison d’être, il s’avance, il se donne, il cherche la perpétuité, il cherche les ennuis, il cherche le repos, il a fini la gloire et sorti la menace. Elle est posée et en attente elle est suspendue, elle est là, elle retient, elle avance, elle compte pour le dernier combat. Il a fendu la grève, il a profité du combat, il a perdu, il a gagné, il a trouvé des ressources et la force, il a tombé la feuille, il a tombé l’armure, il a fendu le temps, il a fendu l’espace, il avance, il se cherche et recommence et vive la victoire. Il y a les autres, il y a toi, ils attendent ta parole, ils attendent ta décision et viens donc le mettre là et viens donc chanter la gloire, il fait pâlir le jour et il fait brunir le ciel. Ô, joie simple, ô, merveille, ô, contentement, ô, repli loin de soi sur soi et sur la grève, pour enchanter le temps, pour définir l’espace, pour recommencer, il a tué, le sang coule, les mains écartées, les doigts écartés, le sang et l’air passent au travers, il est percé, il est tendu, il est rendu, il avale l’air, il avale le temps, il précise, l’œil pensif, l’œil blanc, l’œil révulsé, il précise sa fin, il chante la victoire, il s’est battu, il s’est battu mais il n’est plus. Enfance perdue, enfance envolée, il faut, les femmes pleurent, il faut les hommes curieux, ils avancent, ils se traînent, les berceaux, les combats, les armes, le brancard est plein, les viscères palpitent, il est grandi, il est perdu, la montagne est au cauchemar, cela grimpe, cela monte, les vieilles femmes pleurent, pleurent, les jeunes vont se battre et déchirer leurs doigts et puis le brouillard tremble, l’or est perdu, l’or est enfoncé les jeunes femmes pleurent les enfants ne viendront plus.

Comme si il y avait un coin, comme si il y avait un trou pour les trépassés, les abusés, les pendus, les suicidés, les noyés, les perdus, ils se noient, ils se tuent et ils laissent leurs femmes, elles ont perdu et leur âme et leur vie. Il a perdu le fil, il a changé d’espace, écrasé, éperdu, sorti du brouillard, l’ombre maintenant devient immense, il se traîne et recommence et se lamente et geint. Ils auront ensemble abusé de la gloire, célébré la victoire, chanté le repos éclatant.

30 Juillet 2008.

Retour, soumis et en transe

Épuisés, ses rêves sont en équilibre sur le fil. Alors, il remonte la pendule du cœur, et écoute la chanson du vent qui frise la peau de l'océan.

Il est l'unique, le survivant, "il glisse sur ses pieds et vole dans les airs".

Maria Dolores Cano, 29 novembre 2018 à 14:19


jeudi 29 novembre 2018

Toujours soumis, toujours en transe.

Il avance et se torture et se griffe sur le chemin, il tourne et il vire, la vie est angoisse et amertume, il faut purger, vider, améliorer, souffrir et recommencer, croître, embellir, composer, décomposer, recomposer, bâtir, construire, élever, il avance sur les cailloux, il se frotte d’angoisse et d’amertume, toujours du drame, toujours du temps, toujours du sens, de l’angoisse, du fiel, aigreur et repentance, longueur et finition, où sont-ils, où vont-ils, que sont-ils, que font-ils, ils avancent, le temps revient, le temps retourne, les oiseaux volent, les oiseaux tournent, il est dans l’obsession, il est dans l’apparence, il est bien loin de la fulgurance, il avance, il cherche, il ne trouve rien, ni mots à dire, ni mots à pleurer, ni mots à sangloter, en finira-t-il.

Ô, langueur, ô, douleur, ô, avenir brisé, avenir perdu, incontrôlable et démesuré, il se cherche et il ne trouve rien et il ne trouve rien, il se cherche, il avance, il avance, il se cherche mais il ne trouve rien. Les mots, les perles, les cailloux, cela tourne, cela file, cela s’entasse et poussière et vent et herbe brûlée et herbe séchée. En finir pour recommencer, éclater, éclater la douleur, éclater l’amertume, renoncer, abandonner, pardonner, résilier. Il ne veut plus de ce contrat de dupes, il ne veut plus rien que chanter la joie et la douceur et finir au creux de la terre, au creux de la mer, au creux du vent, au creux de l’air et il disait, et il chantait : la vie se refuse, boire, boire leur éclat, boire leurs larmes, boire et refuser, abandonner les conventions, et renoncer. L’ordre, le proche, le loin, le tien, le mien, ô, douceur, ô, valeurs, ô, l’or dans la main, ô, l’or qui coule du bout des doigts, qui tombe dans le bol, qui tombe dans la tasse, il en finit un jour de ces images, il en finit un jour et il entend le son de la terre en émoi. Les bateaux passent, les oiseaux passent, le chien pleure, il avance, il regarde et il noie son chagrin dans l’eau boueuse, dans le trou. J’avance et je marche, je poursuis le rêve, jamais le temps ne s’inverse, je rêve à contre temps, je rêve à contre poids, je rêve et je m’invente, j’avance sur le chemin et le pied glisse sur l’herbe, et foule les fleurs bleues et foule les fleurs roses. Contre l’orient, contre le drame, j’avance et glisse sur l’eau et glisse sur l’air. Miracle, il avance, il a la parole, le remord est oublié, l’angoisse est enfoncée. Il entend encore, le tic tac de la machine, le tic et le tac du cœur qui passe, du cœur qui avance, l’orage est passé, l’orage est perdu, la volonté est en marche. J’abandonne la soif, j’abandonne la faim, je cherche le bleu unique, le tremblement infini, il va passer.

Les oiseaux passent, plongent dans le bleu, dans le vert, le temps passe et l’air s’illumine, le remord glisse et l’aveu s’insinue. Il avance, il est tendu, et je voudrais briser le drame et je voudrais briser la tragédie et chanter, et chanter : douceur et palpitation. Douceur et tremblement, il faut que le bleu passe, il faut que le bleu enlace. Il est comme une chanson donnée au temps sans y croire, jetée au vent, perdue, les cheveux s’effilochent, le vent couvre la mer, le temps est suspendu, mais tourne et tourne et avance, suspendu, il tourne, suspendu, au dessus, j’avance et je tourne et je revois le temps et je revois le remord et je revois l’angoisse. Faut il terrasser, faut il enfoncer, faut il enterrer, je passe et j’avance, là, les chardons éclatés, je tourne et je me noie dans un tourbillon de mots pauvres et inutiles, pauvres, bien peu nombreux et filtrés et désossés et désarticulés, sans rien dire, sans rime, sans raison et j’abandonne, et j’abandonne le regret et j’abandonne le remord et je me tourne face au soleil. Il a dit : prière en caressant la peau, je reviens du périple, je reviens de l’angoisse, je reviens du fond du temps et de l’espace, j’avance et j’efface en raclant, en traînant le pied sur la caillou, le pied dans la poussière et je me lave dans les herbes sèches et je brûle au soleil éventé, les oiseaux, les enfants, les perles et les rires, les chevaux et le chien. Tout se massacre et tout arrive, je suis à nouveau, je suis à construction, je suis sur le chantier et palpe chaque pierre et taille tous les regrets et lime tous les remords. J’avance pour eux tous, je regarde la rive, ils n’avancent pas droit, ils se tournent, ils succombent. Le temps a dévasté l’espérance et la joie et je ronge et je racle et j’enfonce et je brise l’amertume, le remord et je cherche la joie et je cherche la soif et je trouve, sans rien, la chaleur sur le chemin, le pied est raclé, le pied est frotté et efface la trace et déroule le plan.

Pour qui chanterait-il, et dans quelle langue et s’il osait dire : je chante pour moi, osera-t-il, osera-t-il embrasser, ce bouquet et le tendre et le donner et les autres sauront-ils le saisir et l’entendre. Il espère un simple message révélé, une évidence venue d’en haut, les uns, les autres comme soi-même, éclatés et tordus, désespérés, refendus, tendus, défroissés, décomposés, décolorés, il s’achemine vers le blanc, il s’achemine vers le noir, il s’achemine vers le gris et tout disparaît, plus de guerre, plus d’alarme, plus d’outrage plus de remord. Mille regrets perdus, mille regrets noyés et les oiseaux passent et les insectes se posent, il foule les fleurs bleues, il foule les fleurs roses. En avance tendu, en avance repris, il calcule le point, le temps est attendu, le temps est suspendu, il se révèle et recommence, la boucle se boucle et le tourbillon tourne, il passe sans trembler sur les herbes foulées, il entend le chemin, il entend la route, il entend le fond de la terre, il voit remonter le doute, il doit immoler la peur, il voit couler la ferveur, il voit le sol engendrer et il voit refluer l’inutile. Il vide le sac du vent et remplit la certitude, les mots sont neutres, les mots sont blancs, ils coulent et font rire les enfants.

Sur le chemin tendu, sur le chemin frappé, il glisse sur ses pieds et vole dans les airs.

29 Juillet 2008.

mercredi 28 novembre 2018

Retour de temps contrôlé.

Le jour dépose son fardeau. Les peines et les larmes vont s'éteindre et à petit feu raviveront nos rêves.

Il rêve de partir. Il délie les liens qui lui enserrent les poignets et les chevilles. La mer est pleine, la mer est forte. Les heures sont à la peine, alors il rêve de migrations, de liberté sans fin, sans fin et sans limite.

Tour à tour les éléments se déchaînent et tout semble l'anéantir. Le cri du vent griffe les chemins de la gloire, puis le silence, le grand silence. Alors dans le creux de sa main il trace la ligne de l'avenir.

Rien. Il ne lui reste plus rien. Sur le temps et l’espace il avance. Il avance avec ses peines au cœur et son chagrin à l’âme, et pour ne point se perdre il accroche ses yeux aux branches qui tiennent le ciel.

Un jour, un jour, "il faudra finir le sommeil".

Maria Dolores Cano, 28 novembre 2018 à 14:00

Le temps contrôle.

Il arrive et détend, la vie et les alarmes, les embuscades, il défait en bouquet les boutons de roses, il est perdu dans la chaleur, dans le temps sec. Il frémit et prolonge et entretient d’un regard le brasier de la peur et des sentiments, il est perdu dans la chaleur, il se distingue dans l’amertume, il recommence et pose sur l’horizon un point qu’il n’atteindra jamais, il est petit et sans force et il défie l’éternité, il racle le fond, du tiroir, du lit de l’inquiétude, il joue toujours avec les objets il range et dérange le coffret des émotions, il a vidé le flacon et il se perd dans l’habitude.

Il pose, il entend, il enfreint, il triche, il commence un jour nouveau et déjà loin, il est perdu et fatigué et sans attaches, pourtant serré, pourtant perclus d’ignorance, perdu de tout et loin dans l’air et loin dans l’eau, sans plan, sans boussole, il trace sur la poussière une carte d’ignorance et de douleur, il avance et se choque à chaque pierre, à chaque angoisse, il est tordu de douleur et de rire, il a cultivé l’emphase et le néant, il agrandit toujours plus haut le vide, l’obstination. Il se referme et roule loin et tremble fort et gonfle son sac d’inutile. Les outils sont perdus, les traces sont perdues, la liberté est en voyage, le sommeil est sorti du lit, la chambre est épuisée, il tourne dans l’erreur et l’espérance.

Il est perdu dans le soleil, la lumière ne réconforte, il dort dans le jour et tire sur le sol la besace des amours mortes, des combats perdus et jamais livrés, à rien, à l’angoisse, à la terreur, il ne construit que sable sur poussière et souffle sur les graines vides, il est ancien et trop penché et trop distant. La vie recule, le jour avance, le temps le contrôle et la vérité en éclair croise sur le fer des évidences, il est en émoi et en guerre, le bien s’en va, le tout retient, il tremble et trompe l’avenir, la fureur est constante.

Ô, tien, ô, mien, ô, figure d’errance, tu songes sur le fil, tu coupe les histoires, tu caches et reconnais et défies la mesure, les perles sont lancées au fond du lac, au fond de l’eau, dans la peur, dans l’ignorance, dans le sanglot et sans panache il se traîne et évite la joie. Je suis perdu, je suis rentré, j’évite et renouvelle et tourne, tourne sur le chaud sur la poussière, les doigts ouverts, passe le vent, l’air filtre sous les bras.

Il est perdu et sans éclat, il a bafoué l’avenir, il a perdu le sens et la gloire, la grâce a fui, il est en haut sur la colline et voit le vent et cherche dans le creux de la main le présent, le bloc taillé, le gemme rare, il enfonce les yeux dans l’avenir, il a perdu toute son avance, il ne finira rien ce jour, ni sommeil, ni récompense, le temps est encore au drame, au sanglot, au funeste sans repos, à la rigueur, au remord, poussière qui vole.

En armes, en sanglots il frotte son cœur sur la pierre, il aiguise la vengeance, pour ce jour le terme est arrivé, il se balance et croit aux armes, il faut avancer sans trembler, remplir le sac de l’inutile, finir, porté par le vent chaud et croire, croire : la ruse est possible, le renouveau. Un jour, le bien se posera, au calme, au repos, il faudra finir le sommeil.

29 Juillet 2008.

mardi 27 novembre 2018

Où.


I

Où vont ils, où vont-ils, ils sont là, ils ne sont pas loin, ils ne sont pas bien, il y aura au ciel un retour juste des choses.

Il pousse la porte, il voit des signes, il sent le vent et s’enfonce dans la lumière, il y a des éclairs et du souffle, de la grandeur, du renoncement, des fleurs sèches, le câble est blanc. Il y aura au matin, sans trembler, la violence et le son sans attendre. La lumière, la chaleur gouvernent ce grand vide, il y a dans l’attente un goût de larmes, un goût, de sang, de peu, de rien, il tord la bouche, lacère le cœur et déchire les membres.

Le rêve et les sarcasmes déposent le temps, déchirent la figure, verrouillent et recomposent et le mur et le toit et les arbres qui dansent. Au soleil et à l’ombre il a relevé la figure, il charge son fardeau, il porte son poids de murs et d’épaules, il avance, il ne peut vaincre, il ne peut que trembler, il avance, il perd et il tremble.

Il a repéré un rien, un terme, un sanglot, il voit sur la route la poussière et le feu et ce grand drame, ce masque tragique, il le couvre, il le porte à ses tempes, il serre la ficelle, il consulte le feu. Un pied après l’autre pose le poids du corps sur le sol, sur la terre sèche, chaque pas est une seconde, chaque pas est un temps, il avance, il martèle, il pose pourtant le pied presque légèrement sur la terre sèche.

Il a franchi la porte et voit sous le soleil les carreaux arrachés, les pierres démontées, une à une les pierres, une à une les gouttes, une après l’autre les fleurs, et le sable, le soleil pleut, il tombe fort.

La voix s’éteint, la voix se meurt, bientôt muette, bientôt perdue et vient du sud et vient d’ailleurs et se taira bientôt pour longtemps. Il marche en escaliers et décroise la pente, et au soleil cherche son ombre, se cache sous les pierres et murmure tout bas : j’avance et je meurs et je défie le temps et je défie la nuit et je cherche l’espérance. Il avance en poudre fine, recompose le temps, se défend la nuit, sort du bois, espère, attend les bêtes, défend les cailloux, polit la soif, défigure le temps, reconnaît les pas, change et avance et compte les cailloux et ramasse le bois et figure l’espace. Il chantait dans le temps, il chantait dans la peur, il sifflait, il voyait, il figurait l’espace, il découpait la joie, il sonnait le destin et se cachait, oiseaux sous les arbres.
II

On vient, on avance, on plie, on défigure, on racle le sol, on cherche les fruits tombés sur la terre entre les cailloux. On, il, je, croient et croisent, et raclent le chemin et couvrent la coquille et dispersent et rassemblent les os épars.

L’espérance est digne, le charnier est inutile, un trou plus un trou, il avance dans le vide, il avance dans la peur et se tord et se gonfle et se méprise.

Il y aura au ciel un retour juste des choses, le champ est dévasté, la colère est intacte, le raisin a tourné, les blés sont ramassés, pour l’espérance la résine pleure, le sentier dévasté ruisselle de malheur.

Les hirondelles vont, les fous les recommandent, il se passe sur ce coin une aventure étrange, la chaleur les accable et le je, et le on, et le il, se perdent, et recommencent. La terre est effondrée, le sens est amer, au loin il y a l’eau, il y a le vert, des regards effarouchés, de l’amertume au coin des lèvres.

La feuille se dépose, le vent est familier, les herbes, le soleil, les gens et les rangs asséchés et là, bien par là, un paysage nouveau : une visite étrange au cœur du temps, un retour des oiseaux, une infinie douceur, une grande quiétude, il est passé par monts, il est passé par vaux, le cœur enrubanné, les yeux infertiles et il avance et découvre la mer, et découvre le temps, l’océan, les sanglots, les restes, la jointure.

Ils n’ont rien fait, ils n’ont rien pris, ils n’ont rien compris, ils n’ont rien assumé, ils n’ont rien tenu, ils n’ont rien saisi, ils n’ont plus rien à faire, ils découvrent, ils se cachent et rompent et oublient un voyage pour rien, un voyage perdu, sous la terre et dans l’eau.

Ce qui est important c’est la lumière au travers de la porte, c’est le vent sous les bras, c’est le vent dans les branches, et la construction calme et une pierre sur une autre et le toit qui s’élève et la maison qui s’ouvre, pour recevoir en face le ciel bleu et le jour.

Il faut être armé de chaleur et d’amour.

28 Juillet 2008.

lundi 26 novembre 2018

Du temps si long.

Dans un instant chaud et sec, il a poussé le chemin vers l’inconnu, vers le silence, vers l’avenir sans nom et sans visage et sans rien et sans angoisse. Il est neutre, il est blanc, il est noir, il est dans la lumière et dans l’ombre, il attend l’orage et la conclusion du temps si long, passé dans l’étude et la soif.

Il est passé dans la lumière, il est passé sous l’arche, il attend son reflet dans l’eau, la boue aux chevilles, le tremblement au corps, la vue sur le silence, dans l’horizon, dans la tourmente, il est calme et il tremble à l’intérieur. Le ciel est vide, le sel sur la peau, le silence dans la bouche, le clair au temps passé, la fleur au loin, les ombres sur la peau, le cœur en bande sous les bras, il est en bas et cueille les fruits au sol, il n’est plus l’âge des échelles, de grimper haut et trembler de tout son poids sur les feuilles.

Il y a une chance, une espérance, un retour pour combler le vide dans le ciel, la soif du cœur, l’inquiétude de l’âme, le corps est perdu, la solitude atteint la limite. Il est tendu et fixé, il monte une maison et fabrique la charpente et pose son doigt sur le plan il a tracé la voûte, il est du ciel, et Jean et Antipas, il berce sa tête au creux du temps, au creux du monde, dans le reste, entre la mer et la solitude, dans le sable et dans l’ennui sans effacer. Avant d’avoir compris, il a tracé les plans et monte la maison, il est à la charpente et coupe le bois et fixe une à une les planches.

La maison est au jour, le toit a trop de pente, il est tendu, il est serré et il comprend son plan. Il a posé les planches sur le devant et il grimpe un arbre sur un autre, une volonté sur un destin, une équivalence pour un abri. Asile, un jour des yeux y verront le jour, y chanteront.

Un autre a chanté la victoire, a tracé la route, a défendu le temps et rempli ses sacs pour une grâce, pour un sanglot, pour un silence, ils se trouvent et l’un sur le chemin et l’autre à son chantier. Les arbres sont tombés, les planches montent, la poussière vole sur le chemin, les oiseaux raclent l’eau, les planches montent sur le toit, la bouche est sèche sur la route, les enfants, loin, tournent dans l’eau et crient et chantent, les insectes volent d’un tronc à l’autre, d’un bord à l’autre du canal, deux vies sont croisées, un toit posé, une vue esquivée, un rêve étalé, la maison sera grande, les mots sont entassés, la vie est partout et présente et absente. Et sans rien pour en finir, ils ont poussé le chemin sur l’inconnu.

28 Juillet 2008.

dimanche 25 novembre 2018

Ce mélange.

Il n’y a pas de brouillard, il n’y a pas de prière, des cailloux, du ciel bleu, des roseaux verts, tout est vert et tout se noie dans le vert, dans le bleu. Il y a un paysage différent, que j’avance et que je suis, et je suis des cailloux, un à un sur la route, sur le chemin. Aujourd’hui il n’y a pas de poussière, le chien avance droit devant, le ciel est bleu et les herbes sont vertes, les roseaux tournent dans le vent, tournent doucement.

Je suis sur les cailloux, sans trembler j’avance et j’avance et je file droit, sur les cailloux blancs. Il me vient au visage une douleur, une rougeur, le soleil tendre, le soleil tape, j’avance, sans trembler, vers un destin et la borne blanche et la mousse.

Pourquoi sans trembler, je suis, j’avance, quoi qu’il arrive j’avance et je vais au devant et je devance il y a sur mon cœur tant de choses accumulées il y a sur mes yeux des lettres qui se brouillent, il y a dans l’attente des remords assoiffés, je suis sur le chemin, je meurs d’éclats de soleil je tire des éclats de rêve sur les flancs ils se battent les doutes et les rêves, il y a aux remords des yeux écarquillés des lèvres qui frémissent des cœurs qui ne comprennent, je tire droit devant et je tire sur la corde et file dans le temps et je dénoue un à un les nœuds de cette chose il y a de l’effondrement et sous mes pas l’herbe se foule et je couche un à un les brins et je range une à une les boîtes et j’accroche au soleil uns par unes les mots et les devises je suis du premier monde, je suis du premier tout, et j’enclenche une à une les clefs dans la machine à chaque porte un verrou, à chaque clef une fenêtre et je retire la devise et j’accroche une bannière, au devant d’une rangée d’arbres, au devant il y a des oiseaux, des rumeurs, de l’ardeur, de la chaleur, des herbes écrasées et le pas des chevaux et le pas des taureaux.

Je vais sur ce chemin, je vais sur cette route je vais à l’avant je vais à l’abandon, je vais à la déroute et je compte les arbres et je compte les poteaux je compte les traces, je compte les signes je compte les fleurs, je suis éperdument en déséquilibre je suis seul et j’avance et mon chien me précède et je pense à ceux là qui sont loin et m’oublient et j’oublie ceux si près qui sont là et attendent. J’aime sur ce carreau compter les yeux des gens, j’aime entendre le rire.

Je suis sur le devant d’une chanson qui tire des sanglots au cœur des endurcis qui tirent à la ligne et forcent du fond de l’eau les monstres et les signes. Et au loin où j’avance, il y a des remords, il y a des remous, mais l’eau est calme. La lumière en plein cœur les oiseaux sur les branches, les arbres au devant, l’herbe verte sous le pas, j’avance et roulent dans ma tête les idées et les genres et roulent sur le front l’espérance de tout. Le trait est forcé et trop dur, la violence est entrée dans le front et je tire sur l’eau une rame d’absence, le visage, la marche forcée, le cri trop entendu, j’essaierai sur le devant de faire des ronds dans l’eau, je suis sur ce chemin où je vois des bateaux, où je vois le pont, où je vois la muraille et à la main j’ai la corde, le fil, le câble, et dans la tête pourquoi ai-je un pendu, pourquoi se balancer au bout de cette corde, pourquoi vouloir partir, pourquoi abandonner et pourquoi fuir. Je suis sur le chemin et j’avance et la mort dans ma main attrape ma liberté. Je vais passer d’une rive à une autre et fuir ce lieu maudit et retourner là bas et dire tout joyeux, tout va bien ils sont là, je suis là, j’avance, je me porte et je charme.

J’entasse des visions, j’entasse des sensations, j’avance et je recommence et je définis à l’avance la forme et j’avance, vision et sensation et je ne chante pas, j’avance et je décris. A l’enseigne, devant moi, il faut contempler la gloire et rendre grâce au soleil et dire à jamais, le front est relevé, le défi est lancé, les bateaux sont à quai et ils vont partir, il y a sur ce pont des points d’espérances des ficelles en boules, des repos des ardeurs des avances qui vont, des trous dans la soupente, un plancher refendu, une histoire en haut, j’avance sur le chemin et le soleil tape et chauffe mon esprit et il chauffe bien trop et je suis en délire et je livre ma clef, tout se mélange et tout finit et la honte et l’orgueil et le repos et les outrages et j’avance, au loin cela brûle, au loin cela flambe, le soleil est chaud mais l’air rend respirable la vie et son fardeau. Loin, bien loin de la phrase, les images se choquent et perdent tout discours et je racle le fond et je racle la vase et remonte et le beau et le lourd et le loin. Les buses, les cerceaux, la cadence infernale, la fumée monte au ciel et les oiseaux descendent, le vent se lève, les nuages vont et j’hésite entre le cœur et la raison. Les liserons bien blancs me renouvellent, j’entends encore l’écho inachevé des voix qui sont lointaines et vont se taire et revient dans ma main la corde du pendu.

Qu’y a-t-il dans cette pensée qui traîne un pas qui doute, un pied qui gicle, un cœur troué, une avenue sans âme, un étang sans eau, un cheval démonté, ils sont remontant de la pensée, de l’âme, du cercle, du renouveau, de la liberté. Et j’ose sans frémir dire que rien n’avance, que le temps est en haut, que le soleil est bas, que je répète et recommence et vois venir du loin le charme et les combats. Les mots s’entassent l’un sur l’autre, leur poids est lié à la conviction, il faut articuler, il faut démontrer, il faut reprendre, il faut donner, il faut appuyer là où il faut que la phrase se creuse, que le discours s’établisse et que les gens pleurent. Il y a ce midi une odeur d’aube mouillée, l’aurore pourtant est loin, la chaleur est diffuse, le ciel est en haut, le soleil un peu bas, remparts et oiseaux, à la cour, au jardin, au lointain, au devant, au profond, il s’époumone et revendique enfin la gloire et la beauté, la liberté et il respire.

Quelle sensation d’impuissance et d’abandon, tout se mêle se répand il n’y a plus de ligne il y a des traces, une bulle après l’autre explose sur la route. Le soleil l’a perdu, le soleil me brûle, le soleil m’a perdu, le soleil m’a brûlé, j’avance et dis n’importe, n’importe où devant, n’importe où derrière. L’histoire est en mélange, au bout de ma corde il n’y a rien plus même un pendu, plus même une libellule, et j’arrive et je dis, le ciel est en bas, le soleil est en bas, il y a un reste d’aurore dans ce midi de fil à plomb. Ce mélange s’entasse au fond de mon panier, mes bras se plient, je n’ai plus de force, il faudrait trier, il faudrait jeter, il faudrait abandonner, il faudrait brûler, il faut tailler, coupe et recoupe jardinier malhabile, et pose ce qui reste, il n’y a qu’une phrase, le panier est certain pour rompre mon ennui, pour laisser un trace, pour occuper la vie, pour couvrir le champ, pour donner l’impression de tailler des cailloux, pour que monte une maison, pour que s’ouvre un chantier, je suis parti au loin, je suis parti de rien, je visite et j’attends et j’hésite entre les images sur le chemin, entre la peur, entre les rires et le loi, pour bien parler, pour bien avancer, pour bien enfanter sur ce chemin, j’hésite entre l’art et l’émotion, entre la construction et l’impression, tout est juste, mais tout est-il à dire, qu’en faire, que proposer, inventer est nécessaire, la corde et le feu, le pendu, le cadavre, j’avance, je glisse dans l’air, je glisse dans le temps, il fait chaud et ce midi a pourtant un goût d’aurore.

24 Juillet 2008.

samedi 24 novembre 2018

La confiance est dans ce paysage.

Son sommeil achève sa métamorphose, retourne vers les élus et dit la gloire du très haut, une souriante incertitude, le grain semé, la tour germée, les aventures sur le sable, les rencontres dans les campagnes. Ils étaient enlacés de roses et de pampres et suspendus et remontés et riaient fort sous les nuages, il est un sacrifice, une espérance, un rendez vous, une caresse, sous la toile la confiance est dans ce paysage.

La suite est entre les mains des jaloux, des tyrans, des fidèles, ils se frottent et ils établissent la gloire, ils officient sur le sable, ils servent la volonté, ils achètent et contemplent les plus beaux, les transis, les jours de gloire et de fortune et disputent au long du jour.

Il jette, en sacrifice, il jette un sort pour les pendus, il s’époumone, il avale, il construit des cathédrales, il arrache au sable, aux arbres, la vision goutte à goutte de la force et de la vertu, il avance, donnez lui pour toujours, la main pleine de cailloux, les doigts trempés dans le sable. Les ongles crissent, les dents croquent, ils sont tendus et ils observent les mains abandonnées, les doigts endoloris, le col perdu sous les dentelles, les chiffons rouges mordus de grenouilles. La foi, l’espérance, la charité, les obsessions, les ritournelles, la même chanson, le poids des ans sur les épaules, le grand secret sur les genoux, la fin de la nuit sur le sable, la croix perdue au fond du sac.

Il se répand et monte, l’étage est ouvert sur le temps, les yeux de tourterelle cousent, les enfants chantent en haut des marches, la maison est tendue, la maison est pleine. Ils se redressent, les heures sonnent, perdues dans l’éternité, à chaque horloge passent le temps et les cailloux. Les grains crépitent sous le doigt, la confiance les honore, ils se perdent dans chaque main, comme un espoir abandonné, ils se reposent et foncent sur le cœur serré, longtemps ils seront enfants, déjà vieux et perclus, ils tourneront la tête et seront dans l’ennui, ils lisseront les cieux et mangeront l’orage et des plus petits, ils combleront les vœux. Ils sont endimanchés, ils sont complices de la joie, ils avancent, ils froissent le tissu riche et lourd.

Ils sont tombés, ils sont perdus et ils existent, ils utilisent le temps. Il ne faut rien dire, les yeux se ferment, l’air est perdu et ils sifflent sur la couche sage.

Dans l’escalier il y a du bruit, un oiseau siffle dans l’arbre : sans trembler je reviens garder les trésors, les figures, les musiques, qui font tout, qui appellent et suspendent dans le temps l’écho frêle et la voix des enfants : ils se tournent et se rassemblent sous les angles. Je me suis, je m’offre, je m’étreins : je suis le plus entier, le plus fringant, le plus habile, je donne une saveur d’espérance, j’offre au loin, la lune dans un seau, le soleil à la cave, la grimace dans un cadre doré, dans un écrin de soie et bleu et jaune et rouge et rose.

24 Juillet 2008.

vendredi 23 novembre 2018

La confiance est dans le port.

Son sommeil achève sa métamorphose, retourne vers tes élus et dit la gloire, une souriante incertitude, le grain semé, la tour germée, les aventures sur le sable, les rencontres dans les campagnes. Ils étaient enlacés de roses et de pampres et suspendus et remontés et riaient fort sous les nuages, il est un sacrifice, une espérance, un rendez vous, une caresse, sous la toile la confiance est dans le port.

La suite est entre les mains des jaloux, des tyrans, des fidèles, ils se frottent et ils établissent la gloire, ils officient sur le sable, ils servent la volonté, ils achètent et contemplent les plus beaux, les transis, les jours de gloire et de fortune et disputent au long du jour le sacrifice.

Il jette un sort pour les pendus, il s’époumone, il avale, il construit des cathédrales, il arrache au sable, aux arbres, la vision goutte à goutte de la force et de la vertu, il avance, donnez lui pour toujours, la main pleine de cailloux, les doigts trempés dans le sable.

Les ongles crissent, les dents croquent, ils sont tendus et ils observent les mains abandonnées, les doigts endoloris, le col perdu sous les dentelles, les chiffons rouges mordus de grenouilles. La foi, l’espérance, la charité, les obsessions, les ritournelles, la même chanson, le poids des ans sur les épaules, le grand secret sur les genoux, la fin de la nuit sur le sable, la croix perdue au fond du sac.

Il se répand et monte, l’étage est ouvert sur le temps, les yeux de tourterelle cousent, les enfants chantent en haut des marches, la maison est tendue, la maison est pleine. Ils se redressent, les heures sonnent, perdues dans l’éternité, à chaque horloge passent le temps et les cailloux. Les grains crépitent sous le doigt, la confiance les honore, ils se perdent dans chaque main, comme un espoir abandonné, ils se reposent et foncent sur le cœur serré, longtemps ils seront enfants, déjà vieux et perclus, ils tourneront la tête et seront dans l’ennui, ils lisseront les cieux et mangeront l’orage et des plus petits, ils combleront les vœux. Ils sont endimanchés, ils sont complices de la joie, ils avancent, ils froissent le tissu riche et lourd.

Ils sont tombés au champ d’honneur, ils sont perdus et ils existent, ils utilisent le temps. Il ne faut rien perdre et ne rien dire, les yeux se ferment, l’air est perdu et ils sifflent sur la couche sage.

Dans l’escalier il y a du bruit, un oiseau siffle dans l’arbre : sans trembler je reviens garder les trésors, les figures, les musiques, qui font tout, qui appellent et suspendent dans le temps l’écho frêle et la voix des enfants : ils se tournent et se rassemblent sous les angles. Je me suis, je m’offre, je m’étreins : je suis le plus entier, le plus fringant, le plus habile, je donne une saveur d’espérance, j’offre au loin, la lune dans un seau, le soleil à la cave, la grimace dans un cadre doré, dans un écrin de soie et bleu et jaune et rouge et rose.

24 Juillet 2008.

Et, 2018.

Et tu y vas, et tout te tient, et tu ramasses, sanglots de routes et cailloux en chemin.

jeudi 22 novembre 2018

Je frissonne.

En entendant le vent sur les rochers, le vent sur l’herbe sèche, je pleure et je frissonne et je me meurs. Il fait chaud sur la tête, il fait froid sur le cœur, les images brouillées, les enfants tendus sur la terre, il fait froid au soleil, il fait lourd dans le vent, les yeux perdus dans le bleu, je tourne sur moi-même et ressasse la peur, j’ai peur, j’ai froid et mon temps s’évapore et mon ardeur se meurt, et le vent tout m’emporte.

Il n’y a rien dedans, il n’y a rien dehors, les images prennent toute la place. Le froid est répandu, je meurs et je me noie dans la fraîcheur sauvage, dans le pas détendu, dans l’apparence sans face et sans entrain. Il fait froid cet été et je glace mes yeux et je perds et je perds, la suite et les erreurs. Toujours le vent perdu, glace le temps et force et ennuie et force à reconnaître, les erreurs, les outrages.

La vengeance est vaine, les rires oubliés, la tenue insolente, le regard dans le champ : je ferme sur mon dos le cortège et les épouvantes, la succession est grande, le fief est défendu, il me force à sourire, il me force à entendre, je viens, je vais, j’ouvre et je ferme et je chante parfois sur la déraison lente, je marche trop sur le bord du canal, cette fausse rivière dans ce tableau, si loin, si jaune et si bleu.

L’amour a basculé, je chante pour tout un, pour dire et reconnaître et enfanter encore un frisson, un sanglot, un hoquet, pour déclamer au grand vent, les erreurs, les parjures, les ignominies, la terre est lourde et lente, le vent souffle bien fort, dans mes oreilles, sur le chemin, je crie, j’avance et je dis : il avance.

Un sanglot est perdu, une outrance l’emporte, j’exagère, je glisse sur le sol et j’écarte les bras sur le front, comme au bout d’un navire, dans la terre toute d’hommes marquée, tout est vrai, mais de main d’homme, de repos, de traits droits, de certitudes, sur le chemin, je dis, j’avance et j’écoute ma voix, et le plaisir me gagne.

Je suis d’une lignée, je suis d’un regard clair, j’avance et je joue bien, le sanglot dans la voix et je perds dans le vent et le souffle et les songes, et je résiste au pas du cheval dans le sable. La vérité est là, jouée dans la grimace, exagérée, tendue, je grimace l’horreur et je dis le contraire et les mots sont jetés en cascades et rimant sur le front éraflé.

J’ai heurté une branche, je parle seul de moi et de mes aventures, je suis fier et j’avance sur les chemins, toujours ils reconduisent et je joue mon malheur sur le sable, sans rien, le sang ne coule pas, mon triomphe est ailleurs, je suis inconsolable, je n’ai pas de mal, je joue.

Sur le tableau du paysage humain, les angles sont droits, les arbres en alternance, toujours je commence et toujours je recommence et je perds un peu de vérité, pourtant le panier est rempli, la corde est tendue et j’aime rencontrer sur le sol les cordes bleues qui ne pendent personne, la vérité tourne autour de ma tête, je pense, je respire et je reviens toujours.

23 Juillet 2008.

Retour de prince.

Que cherche-t-il qu’il n’ait déjà ?


Il cherche sans fin cette chose enfouie en lui et qu’il ne voit pas, ou ne veut pas voir.

Il dit qu'il est bien temps de faire place aux ombres sans blason. Ces ombres que nous sommes et ces heures sans ombre, augure sans rancœur pour que s’ouvre le chemin qui conduit vers les songes.

Rien ne vient, le reste, le rien, l'absence, même pas une carence, un poids sur le chemin, désert, lui seul, un petit point dans le matin, une poussière à l’horizon, à peine une escarbille, à peine un son de presque rien.

Il a le temps, le temps de l’attente et de l’antan. Le temps de l’entente, alors il attend et il entend passer le temps.

Il attend, il entend, il est content et il construit ce presque rien avec du rien. Il se retourne de temps en temps. Pour le désir et l'espérance il a le temps, il a le temps.

L’air, l’étreint, et rien ne vient, et son pied s’engourdit dans l’âpreté du monde. Il chavire, il respire et se frictionne de terre, et saute sur un pied de rocher en rocher, de silence en silence, pour que de l’ombre naisse l’attente d’un autre jour.

Maria Dolores Cano, 21 novembre 2018 à 19:11

mercredi 21 novembre 2018

Un prince revenu, foule son royaume.

D’un pont à l’autre, d’un temps à l’autre, du rien au tout, l’oiseau passe, l’oiseau, d’un arbre à l’autre. Des herbes et des fleurs et le vent pour arracher, pour fendre, pour ouvrir les bras et tendre vers l’éternité.

Il souffle de l’herbe, il étend de l’aurore, il répand de l’éternité, il enfante du rien, et gonfle et s’éprend et tourmente et tourne sur lui-même et recommence, il recommence encore et file sur la route et glisse entre ses doigts l’air et le temps, l’air et le vent.

Il a perdu le compte, il a perdu le temps, il a perdu, il avance, il regarde, il cherche et toujours sous son pied les cailloux roulent. D’une affaire à l’autre, d’un pont à l’autre, d’une rive à l’autre, il avance, il cherche.

Un moment de soleil, un moment de vertu, un moment de chaleur, comme un temps qui est pas, un pas, un moment de chaleur, un moment de vertu, la route en se donnant déroule des arcades, les cigales chantent, le vent sous le pied et dans les yeux un moment de chaleur, un rayon de vertu, une escalade de joie, la beauté sombre, un renouveau et l’ardeur, une litanie : un prince revenu foule son royaume.

Au soleil, au suivant, il écrase les herbes, il foule la chaleur et remonte vers l’eau et remonte dans l’air et songe sans rien faire et songe à la chaleur, au rang perdu et songe aux mots, un mot après l’autre et les phrases et le temps et le choc et la roue, il arrache un à une les exemples et la gloire, et il sanglote, il sanglote, il avance et il dit.

Sur le retrait, sur la peau arrachée, tendu il cherche et se lamente et combat à nouveau, combat la juste cause. A corps perdu, à corps rampant, il avance, il foule les herbes, il foule le temps, il avance, il foule, il court, il est neutre, il court, rien n’avance et rien ne le perd, il est là, paisible, posé sur le sol, sur le chemin, bien.

Le soleil est en haut, la terre est en bas, il avance, il regarde le nord, l’est à sa droite, l’ouest à sa gauche, le sud derrière. Le sud est derrière et il se tourne à l’est, il se tourne, le nord est à sa gauche, le sud à sa droite, l’ouest est derrière, il regarde l’est, il avance, il est posé, il est paisible, et il est neutre, il attend, il attend quoi, il attend et rien, à venir, à dire, à faire.

Le temps passé, le temps passe, il est neutre, il attend, il ne sait ce qu’il attend, il attend, le temps passe, il attend, le temps est passé, il attend l’heure de venir, il attend l’heure de partir, il attend l’heure d’engranger, l’heure de sonner, l’heure de vivre, l’heure de mourir, il revient encore, il force le temps, il attend le temps, il force le temps, il revient, il avance, il foule l’herbe, le soleil est haut, il fait jour et il fait beau.

Il souffle et il tire d’une branche à l’autre, il souffle et il tire, il recommence, un mot après l’autre, il pèse le temps, il est neutre, il est sans eau, sans armes, sans couleurs, sans bagages, rien. Il attend.

Le sol est en bas, la terre est en haut, il attend, une main le touche, une main le prend, un temps recommence, un souvenir l’achève, un destin l’apaise, une voie ouverte, vers la joie, il recommence, il définit et il avance. Il est neutre, il attend, mais n’ose espérer, il attend, déjà comblé, il attend, il ne sait plus.

Il attend la construction, il souhaite l’explosion, il avance, et sans rien il construit, il avance, il pose pierre à pierre, au champ fraîchement retourné il pose une pierre, une autre, l’édifice monte, la construction s’en va, il recommence. Il attend et ne désire rien, il espère et il tourne, le cercle, la boucle se serre, le temps est lavé, le temps est passé, il est neutre, il attend et le temps passe.

Aux vagues les oiseaux, au temps les voluptés, aux rumeurs les regrets, aux réponses les sanglots, au rien ce qui finit, au tout ce qui commence, il ferme le cercle, il replie son bagage, il avance, il teint de rouge, l’espérance, la peau et les sanglots.

Il enfonce le clou, il enfonce la dague, le sol est martelé, le ciel est outragé, il est pillé d’oiseaux, il est foulé d’entrailles, il a dit : je suis offensé et ne pardonnerai pas, c’est pour la vie, à la mort, il a dit je suis outragé et ne céderai pas, c’est pour la vie et n’oublierai jamais.

Il faut déposer sur un ombre une touche de lumière, un grain de raison pure, un bijou de candeur, une saveur, une rature de peau, sans souffrance, peau abordée. Un grand soupir, un grand frisson cabriole dans l’air : un trésor retrouvé, un frisson perdu déracine la voix et découvre l’espérance.

Sur une tour, sur un pont il contemple le monde et crie, et crie au verbe haut, et crie au retour, au lumineux flambeau, à la gloire immortelle, au retour des géants, à la fin, au silence retenu, au silence, aux lèvres qui frissonnent, au cœur qui renouvelle et palpite dans l’ombre et frémit sous le doigt et caresse en silence les heures et les ombres.

La vie étreint le vent, le silence est pur, le radeau dans l’air éclaire le parcours, il avance, il frémit, il chante, il rit, il pleure, il compte les oiseaux, il redresse les fleurs.

Il est blessé à vie et revend sa vertu, reprend ses talents et tourne sa gloire, il avance en pleurant et cherche une victoire et retrousse le vent et charge sur son dos le poids de la bête endormie. Le pont est retourné, le poids est retrouvé, il avance et cherche dans les nuages le fil du temps perdu, le retour des enfances, la gloire ensanglantée, le bien et l’espérance. Les oiseaux passent et passent, les bateaux avancent, les jours sont foulés, l’herbe est écrasée, il avance et il voit le pont et l’espérance.

Les envies, les alarmes, les chemins tracés, les papillons dansent, l’herbe est foulée, il faut recommencer, il faut attendre, il faut donner, il faut reprendre.

Pleure, tombe, il avance, il est repris, il retrouve le pont, il avance et foule son royaume.

21 Juillet 2008.

Retour, où, la joie.

Il a retrouvé sa joie égarée sur le chemin et il l’a coloriée comme l’arc-en-ciel. Embellie, il l’a portée à bout de bras et l’a présentée au vent qui lui a caressé la joue. La joie est retrouvée dans ce ciel aquarelle et ce frisson dans le cou.

Les oiseaux ont chanté en canon et lui ont mis de la joie au cœur. Alors, il a déposé les armes et s'est abandonné un instant dans le bonheur. Le cœur léger il a séché ses larmes dans le grand mouchoir bleu du ciel.

Il vole vers le fleuve entre les doigts du vent. La colombe sait que de son cœur en feu jailliront un torrent de lumière et de fièvre, des éclats de joie et des perles d’espérance pour désaltérer ceux qui avancent, qui avancent.

Maria Dolores Cano, 20 novembre 2018 à 14:20

mardi 20 novembre 2018

Où, la joie.

Les oiseaux serrent la pente, ils cherchent et trouvent des avancées. Il cherche et trouve et recommence et il soupire et il étreint sa liberté. Il passe sur le pont, il passe sur la trame, il cherche des couleurs et trouve des raisons, il cherche, il cherche et trouve des couleurs, des raisons de temps, des raisons dans le vent, il avance, il repose, il répond au ciel un murmure, il répond au ciel un éclair dans les yeux, il répond au ciel un frémissement de paupière, un battement de cil, un frisson sur la peau, il avance il décrit son paysage et sa morale.

L’oiseau dans le ciel, le chiffon sur la terre, la corde bleue, et le bateau qui passe, le caillou égaré et la paille et le grain et le sillon laissé, un monde ancien frissonne, il se trouble d’azur, il se pique au devant, il se pare de vertu, il a abandonné et le métier et le métal. Sans éclairs, sans bruit, le vent murmure et les feuilles crissent, le rire est aux lèvres, la joie dans le cœur, le frisson tendu et les liserons blancs et roses. Il avance, il a trouvé dans ce monde trois doigts de grâce, un instant d’abandon, il a posé les armes, le métal est à terre. Il avance, il frissonne dans le bleu, le papillon lourd ploie sur un brin d’herbe, le fleuve coule, il coule et il recommence.

Il avance sur l’air et il glisse sur le temps, il lisse les carreaux, il détend et reprend et, roulent les pierres et plongent les oiseaux. Il avance, il arrive et à l’ombre il s’étend, il compte les nuages, il compte les enfants, il attend les sauvages et renoue dans le temps et renoue au présent l’alliance des grands et des petits. Le frisson, le baiser donné, l’amour reconduit, le bois brisé au sol, les branches sont tombées, les oiseaux frissonnent et les roseaux penchent, papillon trop lourd, il ploie sur son brin d’herbe, il se glisse dans le temps, il souffle dans le vent, il est accroché aux rires sur la berge, il est tendu entre les branches, il attrape les rêves, il défait, il défait d’un rire les soucis, il détend, il croit et se multiplie, il se croise et avance, la cité est détendue, la cité est libre.

Jérusalem, Jérusalem console toi, il avance, il t’a trouvé, il t’a trouvé, il n’est plus perdu, il n’est plus perdu, et il articule et il épelle et ton nom et ta grandeur, et il avance, Jérusalem vers toi et vers ce sentiment plein de liberté. Il a forcé les portes, il a forcé la grille, il a ouvert la cage, il a détruit : le mur est effondré. Il avance et il rit et il rit et il rit et il rit de joie retrouvée. Il osera dire ton nom, il osera te nommer, il te dira, Jérusalem, Jérusalem éveille-toi, réveille-toi, étends tes drapeaux et défaits les poils de ta barbe, écarte les doigts et sens l’air qui passe et compte les oiseaux et filtre, filtre et filtre le temps et l’espérance.

Ils avancent, ils avancent ensemble, en avance, en avance sur le temps, en avance sur l’orage et trouvés et joyeux et faisant d’un rien, d’un rien, d’un rien, une histoire, un étendard. Des chevaux par milliers, des chevaliers sans armes, ils avancent, pèlerins retrouvés, pèlerins retrouvés, le bourdon à la main, le sac dans le dos, le sac plein de vent, ils vont, ils répandent, ils répandent et l’amour et le grain et l’herbe sur les eaux, ils ont jeté leur pain sur l’eau, l’eau a rendu le pain.

Ils sont là, ils avancent, ils ont pris de la hauteur, l’espace d’un sanglot, d’un rire, d’une espérance, un rire, une espérance, des carrés de lumière, des étoiles de vertu. Ils avancent, ils avancent et se reprennent et refont et ils avancent et ils chantent des chansons au bleu des mirages, le ciel entre les doigts, entre les doigts ils filtrent, entre les doigts le temps glisse, le temps glisse, ils s’épanchent.

Un troupeau, un clan, un troupeau, ils avancent, ils couvrent le monde de joie et d’espérance et ils sont, ils sont plus, ils seront là, ils sont ailleurs, ils sont dedans, ils sont en avant, ils sont en arrière, le vent glisse entre leurs doigts et passe sous leurs aisselles, respire dans leurs poumons, liserons rouges, liserons blancs, liserons roses, fleurs jaunes, fleurs bleues, ils avancent, ils avancent au ciel, au ciel.

Jérusalem vers toi, vers toi, vers la folie, un soupçon de carême, un rien, un indicible, un émoi ineffable, et l’allure et le temps et le vent et le rien et les pas dans la poussière dans un tremblement jaune, papillon, papillon trop lourd, papillon trop lourd, posé sur son brin d’herbe, il est rendu, il est rendu à la joie, il est rendu au précipice, et il vole vers …

21 Juillet 2008.

Retour à la joie.

Il a oublié ses yeux pour pleurer ce monde décharné au visage gris, aux membres arrachés, à la peau déchirée. Il a oublié ses yeux pour pleurer tous ces os rongés en dérive sur le fleuve. L'étoile et l'espérance seules sauront lui dire ce qu'il cherche encore.

Il avance et s’en retourne sur le sentier, il veut cueillir la joie qui lui cogne aux tempes, et siffle à perdre haleine. La vie n’est pas finie, il veut recommencer, il veut se libérer, il avance à cloche pied et remonte la pente jusqu’à la source des larmes. Là-bas… tout là-bas sous les griffures du vent.

Il est arrivé au bout, au bout de sa peine lente, à force de travail et de griffures. Il est arrivé au bout de cette longue errance. Il souffle, épuisé, mais heureux d’exister. Les feuilles se détachent et prennent leur envol vers leur destinée. Il est arrivé au bout de sa peine si lente, à force de travail, à force de gratter.

Où est la joie ?

Elle est là sous un caillou, sur le chemin à portée de main, cachée et silencieuse, sans bruit elle attend qu'il vienne la cueillir. 

 Maria Dolores Cano, 19 novembre 2018 à 10:33