mardi 10 avril 2018

A ce toit. I


 I

Je suis à la rencontre d’une alouette et d’une chanson, dans un frisson je récite sous les arcades, les idées sont noires, collées au balcon et sur le lit. La naïveté me coupe, sans croire, sans rien donner, sans préférence, elle dit une histoire de fumée noire sur une colline en escaliers, les volutes déforment l’illusion de vivre et de mourir, sans se poser de question.

Une escarbille troue le tissu et porte la couleur de l’incendie, les preuves s’effacent, la peau flambe sous le gris du charbon pur, une conférence d’oiseaux unit les vertus et lisse une poignée de sable chaud, le mur monte haut. Les arbres volent sur le toit, le regard porte au loin, j’embrasse trop à la fois et mon pied se tend dans un frisson de malaise et d’abandon.

Il faut partir et ne plus grimper sur le toit, le monde resplendit dans la chaleur, l’eau coule, les muscles flanchent, en haut l’escalier tourne et donne, sous le soleil un élan de mésange, un envol de hibou dans les branches de la forêt. Les hirondelles sont habiles et forcent le vent à changer de sens, vers le ciel, loin, plus, la rivière est comblée de sable et de chapelles.

On sent la fin de l’été, ô, la présence de la nuit qui viendra bien, l’œil envoie loin dans l’escalier et franchit l’espace sans blessure, aux anges, je me raccroche. La poudre de lumière force la paupière à se clore, le courant de l’air affole mon cœur, qui se donne, et veut voler vers le néant, en haut des tours et du vertige, vers le pouvoir, l’envie, les signes, les drapeaux flottent.

Les oiseaux sont en cortège, une maison ouvre ses portes, elle est posée au bord de l’eau et finit sous un pont. La vérité est un naufrage, les plus forts sont partis trop haut, un est un oiseau sans pattes, sans plumes, et sans ailes, qui meurt de soif. Le cœur, au bord du gouffre, dans la chaleur du jour, tarde et se remplit de silence et de tremblements sans grâce.

Deux veilleurs sont posés à ce bord du monde et respirent un parfum de chênes et de vignes, dépensé au gré du vent dans la poussière et dans l’attente. Il faut se percher, et finir de buter le sol au pied des vignes, la cicatrice autour du col est un reste de confiance en soi et dans le rien qui flambe sur le toit de ce vaste monde. Le vin a coulé à flots sur la pente.

Il faut tirer de sa cachette, le plus beau des compliments, donner à chacun sa récompense, le toit est haut, l’œuvre est ancienne, la prison se mêle à la justice. La main de dieu est posée, là, sur le grand toit de l’évidence, il est trop haut, il est trop fort, un autre prend place. Le vertige est sous le pied, il faut descendre et renoncer à la hauteur, le vert est loin.

Sur l’autre rive, le monde est un rêve de grimpeur.

18 Août 2005.

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